Fruits et légumes : l’arme oubliée contre les maladies qui tuent les Béninois
« J’ai eu un Post doc à l’université catholique de Louvain, où j’étais quand Harvard avait lancé son appel. J’y ai postulé comme tout individu, sans savoir réellement de quoi il s’agissait. Mais entre-temps, je suis rentré. Arrivé à l’aéroport, c’est mon oncle qui venait m’accueillir. Arrivés à l’hôtel, il me dit : ‘’mon frère, je ne sais comment faire, je suis hypertendu’’. Je me suis rendu compte que c’est la troisième personne qui vivait le même mal. Deux semaines plus tard, il venait chez moi à Parakou, quand il a fait une crise sur la voie. Il décéda ! » : Témoignage de Janvier Egah, lors du ONE PLANET Fellowship – édition 2024

Comme l’oncle de Janvier, nombreux Béninois souffrent de ces maladies chroniques, appelées Maladies Non Transmissibles (MNT), qui causent des décès et endeuillent de nombreuses familles. Selon le Rapport annuel OMS Bénin (2020), la mortalité prématurée liée aux MNT, notamment les maladies cardiovasculaires, les cancers, les maladies respiratoires chroniques et le diabète, est de 49,4% chez les hommes et de 36,4% chez les femmes. Pour Benjamin Hounkpatin, ministre de la Santé, les progrès pour la réalisation du Programme de développement durable à l’horizon 2030 s’en trouvent ainsi compromis. « Nous devons tout mettre en œuvre pour que le Béninois sache ce qu’il faut faire pour éviter les facteurs de risque des Maladies Non Transmissibles. Les populations doivent être informées des nouvelles données disponibles sur ces facteurs de risque, afin de changer de comportement et de mode de vie », a insisté Dr Eléonore Gandjèto, Directrice Nationale de la Santé Publique, lors de la restitution de l’enquête nationale STEPS sur les Maladies Non Transmissibles au Bénin, en 2016.
La solution ? Une consommation accrue de fruits et légumes sains
Les fruits et légumes sont essentiels à une alimentation équilibrée. Ces alimentscolorés ajoutent non seulement de la saveur, de la texture et de la variété aux repas, mais ils représentent également des apports nutritionnels indispensables, en fournissant des vitamines, des minéraux, des fibres et des antioxydants. Selon le Fonds mondial de recherche sur le cancer, une grande consommation de fruits et légumes est fortement associée à une réduction du risque de décès prématuré et de Maladies Non Transmissibles, en particulier les maladies cardiovasculaires, comme les maladies coronariennes et les accidents vasculaires cérébraux, et certains cancers, comme ceux de la bouche, du pharynx, du larynx, de l’œsophage et du colorectum.
Dans les rues et marchés de Parakou, des commerçantes et commerçants proposent une gamme variée de fruits et légumes.

Photo : Venance TOSSOUKPE
Jacqueline Oyanta a hérité de la production de fruits et légumes de ses parents. Devant son étalage, au quartier Zongo à Parakou, l’affluence est visible. On y trouve de la carotte, de la laitue, de la tomate, de la pastèque, de l’ananas, et bien d’autres fruits et légumes qui retiennent l’attention, surtout de ceux qui savent que leur bien-être ne peut passer outre les fruits et légumes de Jacqueline. Urbain Gbamaou, un des clients fidèles de Jacqueline, témoigne : « Je digérais difficilement, mais depuis que j’ai commencé à consommer des fruits et légumes, je digère désormais très bien. » Jacqueline Oyanta ajoute : « On a des clients qui viennent acheter sur recommandation de leur médecin. »
Le diététicien-nutritionniste Serge Patrick Zinvoedo recommande même de commencer la journée avec les fruits et légumes. Selon Fifamè Loristia Kpadonou, nutritionniste en santé publique : « Un individu qui ne consomme pas assez de légumes est exposé à une mauvaise digestion, à une carence en micronutriments essentiels à l’organisme, et crée un terrain propice au développement des maladies comme le diabète, certains types de cancer et les maladies cardio-vasculaires.» Serge Patrick Zinvoedo tient donc à rassurer : « Celui qui consomme des fruits et légumes n’aura pas, et n’aura jamais, de maladies cardio-vasculaires ». Un légume ou un fruit, au-delà d’un simple aliment, est un alicament à fort potentiel, capable de prévenir les MNT. Cependant, au Bénin, la faible consommation de légume pose de réels défis.
Faible consommation de légumes au Bénin : les défis à relever
Au Bénin, malgré la diversité de fruits et légumes, la consommation quotidienne de légume reste inférieure aux 400 g recommandés par l’OMS. Le Rapport annuel OMS Bénin (2020) indique que93,1% des personnes ne consomment pas les cinq portions quotidiennes recommandées (3 portions de légumes et 2 de fruits).Florence Hounvo Bello, cheffe bureau zone Nord de l’Agence Nationale de l’Alimentation et de la Nutrition, souligne que cette insuffisance, liée à de multiples facteurs, a un impact direct sur la qualité nutritionnelle des régimes alimentaires, en particulier chez les enfants, les femmes enceintes et les personnes vulnérables.
En effet, les freins à la consommation sont multiples : coût élevé, accès difficile, mais aussi méfiance envers la qualité sanitaire des produits. Selon une étude menée par Janvier Egah, 4 personnes sur 10 dans les grandes villes béninoises n’avaient pas consommé de légumes-feuilles parce qu’ « elles n’étaient pas sûres des bonnes pratiques de cuisson de ces légumes-feuilles. Elles n’étaient pas non plus sûres des pratiques de production utilisées, parce qu’elles ont dit qu’il y a beaucoup d’engrais chimiques utilisés pour produire ces légumes-feuilles, et qu’elles ne voulaient donc pas du tout prendre de risques. »
Vers une solution durable
Il devient urgent d’assurer non seulement une production durable des légumes, mais également de veiller à des pratiques de commercialisation, de conservation et de cuisson saines, afin que les légumes apportent pleinement leurs bienfaits à l’organisme. Cela nécessite des subventions publiques pour encourager l’usage d’engrais organiques, de composts et de bio pesticides, pour réduire l’usage de produits chimiques dans la production des légumes. Il s’agira également pour les autorités étatiques, de créer des marchés certifiés de fruits et légumes, pour renforcer la confiance des citoyens dans les légumes. Les organisations non gouvernementales quant à elles doivent intensifier les campagnes de sensibilisation pour inciter les producteurs de légumes aux pratiques agro écologiques, et encourager la population à intégrer les légumes dans leur alimentation.
Ce n’est qu’en intégrant durablement les fruits et légumes à l’alimentation que le Bénin pourra garantir la santé et le bien-être de ses citoyens, et atteindre l’ODD 3, notamment la cible 3.4, qui vise à réduire d’un tiers, par la prévention et le traitement, le taux de mortalité prématurée due à des Maladies Non Transmissibles et promouvoir la santé mentale et le bien-être, d’ici à 2030.
Venance Ayébo TOSSOUKPE