Fruits et légumes : l’arme oubliée contre les maladies qui tuent les Béninois

« J’ai eu un Post doc à l’université catholique de Louvain, où j’étais quand Harvard avait lancé son appel. J’y ai postulé comme tout individu, sans savoir réellement de quoi il s’agissait. Mais entre-temps, je suis rentré. Arrivé à l’aéroport, c’est mon oncle qui venait m’accueillir. Arrivés à l’hôtel, il me dit : ‘’mon frère, je ne sais comment faire, je suis hypertendu’’. Je me suis rendu compte que c’est la troisième personne qui vivait le même mal. Deux semaines plus tard, il venait chez moi à Parakou, quand il a fait une crise sur la voie. Il décéda ! » : Témoignage de Janvier Egah, lors du ONE PLANET Fellowship – édition 2024

Etalage de fruits et légumes

Comme l’oncle de Janvier, nombreux Béninois souffrent de ces maladies chroniques, appelées Maladies Non Transmissibles (MNT), qui causent des décès et endeuillent de nombreuses familles. Selon le Rapport annuel OMS Bénin (2020), la mortalité prématurée liée aux MNT, notamment les maladies cardiovasculaires, les cancers, les maladies respiratoires chroniques et le diabète, est de 49,4% chez les hommes et de 36,4% chez les femmes. Pour Benjamin Hounkpatin, ministre de la Santé, les progrès pour la réalisation du Programme de développement durable à l’horizon 2030 s’en trouvent ainsi compromis. « Nous devons tout mettre en œuvre pour que le Béninois sache ce qu’il faut faire pour éviter les facteurs de risque des Maladies Non Transmissibles. Les populations doivent être informées des nouvelles données disponibles sur ces facteurs de risque, afin de changer de comportement et de mode de vie », a insisté Dr Eléonore Gandjèto, Directrice Nationale de la Santé Publique, lors de la restitution de l’enquête nationale STEPS sur les Maladies Non Transmissibles au Bénin, en 2016.

La solution ? Une consommation accrue de fruits et légumes sains

Les fruits et légumes sont essentiels à une alimentation équilibrée. Ces alimentscolorés ajoutent non seulement de la saveur, de la texture et de la variété aux repas, mais ils représentent également des apports nutritionnels indispensables, en fournissant des vitamines, des minéraux, des fibres et des antioxydants. Selon le Fonds mondial de recherche sur le cancer, une grande consommation de fruits et légumes est fortement associée à une réduction du risque de décès prématuré et de Maladies Non Transmissibles, en particulier les maladies cardiovasculaires, comme les maladies coronariennes et les accidents vasculaires cérébraux, et certains cancers, comme ceux de la bouche, du pharynx, du larynx, de l’œsophage et du colorectum.  

Dans les rues et marchés de Parakou, des commerçantes et commerçants proposent une gamme variée de fruits et légumes.

Jacqueline Oyanta, productrice et commerçante de fruits et légumes
Photo : Venance TOSSOUKPE

Jacqueline Oyanta a hérité de la production de fruits et légumes de ses parents. Devant son étalage, au quartier Zongo à Parakou, l’affluence est visible. On y trouve de la carotte, de la laitue, de la tomate, de la pastèque, de l’ananas, et bien d’autres fruits et légumes qui retiennent l’attention, surtout de ceux qui savent que leur bien-être ne peut passer outre les fruits et légumes de Jacqueline. Urbain Gbamaou, un des clients fidèles de Jacqueline, témoigne : « Je digérais difficilement, mais depuis que j’ai commencé à consommer des fruits et légumes, je digère désormais très bien. » Jacqueline Oyanta ajoute : « On a des clients qui viennent acheter sur recommandation de leur médecin. »

Le diététicien-nutritionniste Serge Patrick Zinvoedo recommande même de commencer la journée avec les fruits et légumes. Selon Fifamè Loristia Kpadonou, nutritionniste en santé publique : « Un individu qui ne consomme pas assez de légumes est exposé à une mauvaise digestion, à une carence en micronutriments essentiels à l’organisme, et crée un terrain propice au développement des maladies comme le diabète, certains types de cancer et les maladies cardio-vasculaires.» Serge Patrick Zinvoedo tient donc à rassurer : « Celui qui consomme des fruits et légumes n’aura pas, et n’aura jamais, de maladies cardio-vasculaires ». Un légume ou un fruit, au-delà d’un simple aliment, est un alicament à fort potentiel, capable de prévenir les MNT. Cependant, au Bénin, la faible consommation de légume pose de réels défis.   

Faible consommation de légumes au Bénin : les défis à relever

Au Bénin, malgré la diversité de fruits et légumes, la consommation quotidienne de légume reste inférieure aux 400 g recommandés par l’OMS. Le Rapport annuel OMS Bénin (2020) indique que93,1% des personnes ne consomment pas les cinq portions quotidiennes recommandées (3 portions de légumes et 2 de fruits).Florence Hounvo Bello, cheffe bureau zone Nord de l’Agence Nationale de l’Alimentation et de la Nutrition, souligne que  cette insuffisance, liée à de multiples facteurs, a un impact direct sur la qualité nutritionnelle des régimes alimentaires, en particulier chez les enfants, les femmes enceintes et les personnes vulnérables.

En effet, les freins à la consommation sont multiples : coût élevé, accès difficile, mais aussi méfiance envers la qualité sanitaire des produits. Selon une étude menée par Janvier Egah, 4 personnes sur 10 dans les grandes villes béninoises n’avaient pas consommé de légumes-feuilles parce qu’ « elles n’étaient pas sûres des bonnes pratiques de cuisson de ces légumes-feuilles. Elles n’étaient pas non plus sûres des pratiques de production utilisées, parce qu’elles ont dit qu’il y a beaucoup d’engrais chimiques utilisés pour produire ces légumes-feuilles, et qu’elles ne voulaient donc pas du tout prendre de risques. »

Vers une solution durable

Il devient urgent d’assurer non seulement une production durable des légumes, mais également de veiller à des pratiques de commercialisation, de conservation et de cuisson saines, afin que les légumes apportent pleinement leurs bienfaits à l’organisme. Cela nécessite des subventions publiques pour encourager l’usage d’engrais organiques, de composts et de bio pesticides, pour réduire l’usage de produits chimiques dans la production des légumes. Il s’agira également pour les autorités étatiques, de créer des marchés certifiés de fruits et légumes, pour renforcer la confiance des citoyens dans les légumes. Les organisations non gouvernementales quant à elles doivent intensifier les campagnes de sensibilisation pour inciter les producteurs de légumes aux pratiques agro écologiques, et encourager la population à intégrer les légumes dans leur alimentation.

Ce n’est qu’en intégrant durablement les fruits et légumes à l’alimentation que le Bénin pourra garantir la santé et le bien-être de ses citoyens, et atteindre l’ODD 3, notamment la cible 3.4, qui vise à réduire d’un tiers, par la prévention et le traitement, le taux de mortalité prématurée due à des Maladies Non Transmissibles et promouvoir la santé mentale et le bien-être, d’ici à 2030.

Venance Ayébo TOSSOUKPE




Menstrues au Bénin : en finir avec le tabou et la stigmatisation

Longtemps entourées de silence, de gêne et parfois même de stigmatisation, les menstrues restent encore aujourd’hui un sujet tabou dans de nombreuses communautés au Bénin.

Dans ce magazine, nous donnons la parole aux acteurs de terrain, aux spécialistes et aux premières concernées pour briser les clichés, sensibiliser, et surtout proposer des solutions concrètes.




Le lait maternel est bien plus qu’un simple aliment : « un élixir de vie » selon Siméon Nanama

Alors que s’achève la Semaine mondiale de l’allaitement maternel (1er-7 août), un constat persiste : pour de nombreuses femmes africaines, allaiter demeure une épreuve vécue dans l’isolement. Le 6 août 2025, le Réseau des médias pour la promotion de la santé et de l’environnement (REMAPSEN) a consacré un webinaire au sujet, autour du thème « Et si l’allaitement m’était conté », avec la participation de Siméon Nanama, conseiller régional en nutrition pour l’UNICEF en Afrique de l’Ouest et du Centre, et de Soliou Badarou, médecin de santé publique.

Pour Siméon Nanama, le lait maternel est bien plus qu’un simple aliment : « un élixir de vie ». Il hydrate, nourrit, protège, stimule le développement cognitif et renforce le lien mère-enfant. Il prévient également de nombreuses maladies, aussi bien chez l’enfant que chez la mère. Pourtant, déplore-t-il, « cette richesse biologique reste sous-exploitée, car elle dépend presque exclusivement de l’effort individuel des mères, sans structures de soutien solides ».

Si certaines traditions africaines valorisent la maternité, elles imposent aussi des pratiques nocives : rejet du colostrum, introduction précoce d’eau ou de tisanes, ou encore pressions sociales sur les jeunes mères.

L’allaitement, une responsabilité collective

Pour Soliou Badarou, il est urgent de changer de perspective : « Il faut que la société cesse de voir l’allaitement comme une affaire privée. C’est une responsabilité collective ». Le médecin insiste sur l’importance d’une communication adaptée aux réalités culturelles. Dans cette optique, le conte, profondément enraciné dans les traditions africaines, lui paraît être un outil de sensibilisation puissant : « Il ne parle pas seulement à la tête, mais au cœur ».

L’allaitement exclusif pendant six mois, tel que recommandé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), reste loin d’être la norme. Ce retard entraîne un lourd coût en termes de maladies infantiles, de dépenses de santé, de sous-développement cognitif et de malnutrition. À l’inverse, plaide Nanama, promouvoir l’allaitement est « un investissement rentable », car il est gratuit, toujours disponible, et allège les charges financières des familles comme des États.

Mais la réalité est implacable : retour précoce au travail, absence de congés maternité adéquats, charge mentale, influence de l’industrie du lait artificiel, manque de structures d’accompagnement… Les mères africaines se retrouvent souvent livrées à elles-mêmes.

Face à ces obstacles, Siméon Nanama invite à un changement de posture : « Et si on commençait par leur demander : comment puis-je t’aider à allaiter ? ». Une manière de passer de l’injonction à l’accompagnement.

Pour Soliou Badarou, l’allaitement ne doit plus être perçu comme un choix individuel isolé, mais comme « un droit fondamental, un acte de santé publique, un geste d’amour, mais aussi un acte politique face aux diktats sociaux et commerciaux ». Valoriser l’allaitement, insiste-t-il, c’est aussi reconnaître la valeur invisible du travail maternel et repenser le rôle de la société dans la parentalité.

Au-delà de la sensibilisation

La Semaine mondiale de l’allaitement est donc plus qu’une campagne : c’est un appel à créer des environnements réellement favorables aux mères des politiques publiques adaptées, un soutien communautaire fort, des congés maternité décents, des espaces d’allaitement sur les lieux de travail, et une éducation inclusive des hommes et des familles.

Car si l’allaitement est un acte profondément intime, rappelle-t-on lors du webinaire, le pouvoir de le faire dans de bonnes conditions est, lui, une responsabilité partagée par toute la société.

Megan Valère SOSSOU




Projet CASCADE : l’ASCINB mobilise médias et partenaires de mise en œuvre pour promouvoir les Régimes Alimentaires Sains et Équilibrés (RASE)

Dans le cadre du projet CASCADE (Catalyzing Strengthened Policy Action for Healthy Diets and Resilience), l’Alliance de la Société Civile pour l’Intensification de la Nutrition au Bénin (ASCINB) organise du 30 juillet au 31 juillet 2025 à Covè, un atelier de planification opérationnelle pour renforcer la campagne nationale en faveur des Régimes Alimentaires Sains et Équilibrés (RASE).

Photo d’ensemble

Financé par le Ministère des Affaires Étrangères des Pays-Bas et mis en œuvre par le consortium CARE – GAIN, le projet CASCADE vise à catalyser des politiques publiques fortes en matière de nutrition. C’est dans ce cadre que l’ASCINB a réuni des acteurs clés partenaires de mise en œuvre, professionnels des médias et représentants d’organisations communautaires pour co-construire une stratégie de communication cohérente, contextualisée et percutante en faveur de la nutrition.

Pour Madame Pascaline Gbaguidi, représentante du président de l’ASCINB, la communication est capitale pour non seulement sensibiliser les communautés mais aussi pour les mobiliser autour des politiques publiques afin d’assurer la redevabilité sociale en matière de nutrition.

Edmond Zinzindohoué, Chargé de projet CASCADE, a salué cette initiative qui, selon lui, renforce le lien entre experts en nutrition et professionnels des médias. Il a souhaité que le potentiel de l’ASCINB en tant que chef de file pour les questions de nutrition soit utilisé à fonds au cours des deux jours réservés à l’atelier en insistant que les productions des professionnels des médias puissent apporter un changement à travers l’émotion.

Même son de cloche du côté de la Fédération des Radios Communautaires et Assimilés du Bénin (Fercab). Son représentant, Richard Fassinou, a rappelé que les messages doivent être, clairs, concis et inspirants. « Les défis nutritionnels sont complexes mais nous savons que les solutions existent » a-t-il indiqué.

Angelo Klanclounon, Responsable Communication et Plaidoyer de l’ASCINB, a précisé qu’il s’agit d’identifier des messages clés et canaux adaptés à chaque zone ; de capitaliser d’initiatives communautaires et de bonnes pratiques en nutrition et de co-produire de contenus multimédia pour accompagner la Campagne Nationale de Plaidoyer pour l’Intensification de la Nutrition (CaNPIN). et promouvoir l’adoption des Régimes Alimentaires Sains et Équilibrés (RASE) dans les communes d’intervention du projet CASCADE.

Avec cet atelier les acteurs espèrent repartir avec des outils de communication renforcés et une vision commune. celle de faire de chaque message un levier de transformation sociale au sein de toutes les communautés pour un accès à une alimentation saine, équilibrée et durable.

Megan Valère SOSSOU




Mise en conformité de stratégie d’interventions en nutrition du projet Cascade : Les PMO actualisent leur plan d’actions et de plaidoyer

La ville de Covè abrite l’atelier de l’Alliance de la Société Civile pour l’intensification de la Nutrition au Bénin (ASCINB).  Cette rencontre qui s’est ouverte ce lundi 28 juillet 2025, s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre du projet CASCADE sous financements  de  Care International Bénin-Togo, le Royaume des Pays-Bas et de Gain.

Renforcer les capacités  des Pmo à porter un plaidoyer contextualisé  relatif aux questions  de l’alimentation, de  nutrition en vue d’atteindre les résultats escomptés. Tel est le principal mobile qui sous-tend l’organisation de cette rencontre. «De façon spécifique, nous voulons travailler pour actualiser, s’il existe, les plans de plaidoyers ou engager des embauches de plan de plaidoyer et lobbying pour que chaque Pmo dispose d’une feuille de route claire de cette intervention dans le domaine de plaidoyer » a explicité Angélo Kanclounon, responsable plaidoyer  de l’ASCINB.

Durant leur séjour de 48heures en région Agonlin, chaque PMO aura donc  à identifier et à planifier ses différentes actions sur lesquelles il pourra bénéficier de l’accompagnement de l’ASCINB pour le suivi et l’évaluation  du plaidoyer et de lobbying. Lors de cet atelier qui a réuni les acteurs, des ONG membres et partenaires de l’ASCINB, il sera question d’ébaucher le plan d’action, d’harmoniser les pratiques et les stratégies d’intervention sur le terrain  en vue de mieux appuyer les communautés à aller de l’avant en ce qui concerne le plaidoyer et la nutrition communautaire.

Pour  le Dr Lougoudou Zato,  Secrétaire exécutif de l’ASCINB,  il s’est agi d’une séance de partage d’expériences et de bilan  d’exécution des plans de plaidoyers qui permettra d’évoquer les difficultés  qui se posent et de revoir la stratégie de communication en ce qui concerne les rase pour qu’à la revue les indicateurs puissent être améliorés. En procédant à l’ouverture des travaux de l’atelier de mise en conformité de la stratégie d’interventions en nutrition du projet Cascade, la Vice-Présidente de l’ASCINB, a souligné l’importance de la rencontre d’où sortiront des intrants et des extrants possibles pour avancer. « Cet atelier est un tournant décisif  pour la stratégie de plaidoyer du projet Cascade dirigé et mis en œuvre par les Pmo » a insisté  Pascaline Fagninou Gbaguidi qui a exhorté les participants à une participation active.

Edmond Zinzindohoué, Chargé de projet CASCADE, a salué l’engagement des participants en soulignant qu’ils ont répondu à un appel pressant : celui d’agir pour le changement à travers le plaidoyer. Il a souhaité que les travaux des organisations puissent être mis en cohérence avec la stratégie élaborée avec l’expertise de l’ASCINB. Selon lui, en unissant leurs efforts, les acteurs pourront faire entendre leur voix et influencer positivement les décisions des autorités.

A retenir que le projet Cascade est une initiative du Gouvernement qui vise à renforcer l’efficacité des politiques nationales de nutrition existantes en vue de l’amélioration de la sécurité alimentaire et la contribution à la réduction de la malnutrition des femmes en âge de procréer et des enfants. il est mis en œuvre dans les départements du Zou, de l’Ouémé, du Couffo, de l’Atacora de l’Alibori et dans le Borgou.

Zéphirin Toasségnitché  




Stigmatisation des menstrues au Bénin : foi, tradition et société au cœur d’une violence sexiste

« Quand j’ai eu mes premières règles, ma grand-mère m’a dit de ne pas toucher aux repas familiaux et de ne pas saluer les hommes de la maison le matin en premier. Ce serait porter de la malchance à eux. J’avais douze ans. Je me suis sentie sale, rejetée. » Chantal, 17 ans, élève à Dogbo.

Au Bénin, comme dans de nombreuses sociétés africaines, les menstruations demeurent un sujet profondément tabou. Enracinées dans des croyances culturelles et des normes patriarcales, elles alimentent des violences symboliques, des discriminations sourdes mais bien réelles, et parfois même l’exclusion sociale ou scolaire des femmes et jeunes filles. Dans un pays où plus de 49 % de la population est féminine (INSAE, 2023), ce silence pèse lourd.

Illustration de la stigmatisation des menstrues chez une jeune fille

Dans plusieurs localités, notamment rurales, les règles sont encore perçues comme impures. Une femme réglée ne doit pas s’approcher des autels familiaux, cuisiner, ni même entrer dans certaines pièces de la maison. « Dans notre tradition familiale, une femme en période menstruelle ne doit pas participer aux cérémonies rituelles, ni même toucher s’approcher de leurs maris, au risque de fâcher les ancêtres. » dixit Degbo Hounwanou à Dogbo.

Dieu juge-t-il le cœur ou le corps ?

À ces croyances culturelles s’ajoutent des interprétations religieuses qui perpétuent la mise à l’écart des femmes pendant leurs menstrues. « Pendant mes règles, je ne touche pas le Coran et je ne prie pas. C’est comme si je devais disparaître pendant quelques jours… Nous les femmes devrons rester moins visible », a raconté Faouziath Kora., fidèle musulmane à Parakou.

Un témoignage personnel qui reflète une compréhension largement partagée parmi les fidèles, fondée sur les prescriptions religieuses. Alassane Omar, jeune musulman fervent, précise, « Une femme qui voit ses menstrues au cours de la période du ramadan doit immédiatement arrêter son jeûne car le jeûne ne sera pas valide. Dès que ceux-ci prennent fin, elle doit faire les grandes ablutions avant de reprendre la prière et le jeûne. »

Cette interprétation est également partagée par certains responsables religieux, qui en rappellent les fondements doctrinaux. Abdoulaye Seidou Aliou, imam de la mosquée Abdou Imorou de Parakou, confirme « Les menstrues dans l’islam sont considérées comme des impuretés. […] C’est un moment de pudeur. Il faut qu’elles s’abstiennent, il faut qu’elles se protègent et ne pas montrer qu’elles sont en menstrues. »

Mais les croyances et interdits liés aux menstruations ne sont pas l’apanage de l’islam. Dans d’autres confessions religieuses, les femmes sont elles aussi confrontées à des restrictions. Du côté des chrétiens, les pratiques sont tout aussi parfois excluantes, comme en témoigne une fidèle de l’Église du Christianisme céleste, « On nous refuse d’entrer au temple pendant nos menstrues car disent-ils nous sommes impures. […] Nous n’avons pas les mêmes droits que les hommes devant Dieu. »

Une position que certains leaders chrétiens revendiquent, en s’appuyant sur les textes religieux anciens. « Le Prophète Pasteur Fondateur Samuel Oschoffa a recommandé aux femmes de se tenir à distance des temples et objets sanctifiés durant toute la durée de leurs menstrues. Ce sont des règles héritées des textes anciens dont le livre de Lévitique 15 verset 19 – 30 », a rapporté Osias Togbe, responsable paroissial d’une Église Céleste.

Des violences silencieuses mais pernicieuses

Toutes ces croyances renforcent l’idée que les règles sont sales, honteuses. Dans la société béninoise, nombreux euphémismes sont employés pour éviter de prononcer le mot « menstruation » : « période rouge », « période de souillure », etc. Ce conditionnement culturel pèse lourdement sur les jeunes filles. C’est ce que révèle le témoignage poignant de Christelle, 15 ans, élève à Parakou, moquée après une tâche de sang sur sa jupe, « J’ai fui l’école pendant une semaine. Je n’avais plus envie d’y retourner. »

Au-delà du rejet personnel, c’est l’accès même à l’éducation qui est mis à mal pour de nombreuses jeunes filles. Selon l’UNICEF (2022), 1 fille béninoise sur 5 manque l’école pendant ses règles, faute de produits hygiéniques ou d’installations sanitaires adaptées. Selon Action Education en 2023, 15% des filles sont absentes chaque mois dans certaines communes comme Adjarra, Avrankou et Porto-Novo en raison des tabous liés aux menstrues.

L’UNESCO estimait déjà en 2014 que 10 % des filles en Afrique subsaharienne manquaient l’école pendant leurs règles. Pour Hermyone Adjovi, présidente de l’ONG Mata-Yara, « Les répercussions se ressentent directement aussi bien sur les résultats scolaires, sur la façon dont elles considèrent leur corps et sur l’image que les garçons et les hommes se construisent du corps de la femme. »

Un constat partagé sur le terrain éducatif, comme l’indique Euphrem Houemagnon, Censeur d’un collège à Parakou, « Nous avons eu des cas de jeunes filles qui demandaient à rentrer chez elles en urgence. Parfois, elles n’avaient rien pour se protéger. C’est un problème sanitaire et social. »

Le secteur médical, lui aussi, plaide pour un changement de regard sur les menstruations. « Il n’y a pas de quoi stigmatiser les femmes à cause de leurs menstrues. […] C’est cela qui montre que la fille est en bonne santé et est fertile. […] Il faut éviter les tabous parce que la menstruation prépare à la vie sexuelle, à la fécondation », affirme Esther Agbo Sokémahou, sage-femme, spécialiste en santé sexuelle et reproductive au CNHU.

Des voix féminines qui refusent de se taire

Face à ces multiples défis, des actions de sensibilisation voient le jour. Des organisations se mobilisent pour informer, éduquer et déconstruire les tabous. « La stigmatisation entourant la menstruation et l’hygiène menstruelle est une violation de plusieurs droits humains […] le droit à la non-discrimination, à l’intégrité corporelle, à la santé, à la vie privée. » Dr. Jyoti Sanghera, Bureau du Haut-Commissariat aux Droits Humains

La jeunesse s’empare aussi du sujet. À Parakou, du 21 au 24 mai 2025, la Fondation des Jeunes Amazones pour le Développement (FJAD), des jeunes activistes comme Marie-Therese Benedicta Aloakinnou et Edwige Binazon ont renforcé les capacités de leurs membres sur la dignité menstruelle à travers l’initiative Menstrues’Actions 4Dignity. Selon elles, parler de la dignité menstruelle signifie aller au-delà du biologique pour poser un regard humain et social sur les menstrues. C’est refuser que les menstrues soient une gêne, fardeau ou un silence imposé. C’est pourquoi, il est grand temps de déconstruire les normes établies pour permettre aux menstruations d’être perçues comme visibles, respectables et libérées de toute stigmatisation ont-elles affirmé.

Sur le plan institutionnel, les autorités reconnaissent l’urgence d’agir, même si les moyens restent insuffisants. Le Ministère de la Santé du Bénin, en partenariat avec l’éducation, les affaires sociales, les ONG et les organisations régionales, a mis en place une stratégie structurée autour de la Gestion de l’Hygiène Menstruelle pour briser le tabou en milieu scolaire et communautaire. En œuvrant pour le vote de la loi sur l’hygiène publique avec une mention spéciale pour l’hygiène menstruel, le ministère de la santé et les acteurs de la société civile s’engagent à transformer les menstruations d’un tabou en levier de santé publique, d’égalité des sexes sans stigmatisation.

Une éducation à revoir d’urgence

Face à la persistance des tabous et des discriminations liés aux menstrues, l’éducation apparaît comme un levier essentiel de transformation. Euphrem Houemagnon, Censeur d’un collège à Parakou, propose « Il faut ramener les cours de la reproduction humaine en classe de sixième. […] Il faut sensibiliser fille et garçon pour réduire les stigmatisations. […] Il faut aussi penser à mettre en place des structures d’écoute. »

Dans le même élan de remise en question des normes établies, certaines voix religieuses appellent à plus de tolérance et d’humanité. Pour Osias Togbe de l’Église du Christianisme Céleste, il est possible de réfléchir à une approche non discriminante mais la religion demeure la religion.

Longtemps tues, les règles continuent de s’accompagner de pratiques discriminatoires au Bénin, souvent justifiées par la tradition ou la foi. Pourtant, leurs impacts sont bien réels : déscolarisation partielle, atteinte à l’estime de soi, marginalisation sociale. Si des initiatives émergent pour briser le silence et changer les perceptions, le chemin reste long. Faut-il continuer à taire les menstrues ou les considérer enfin comme une réalité naturelle, digne d’attention et de respect ?

Megan Valère SOSSOU




Lutte contre les violences : Alliance Droits et Santé appelle à des actions concrètes suite à l’adoption de la Convention de l’Union Africaine

Malabo le 7 juillet 2025. L’adoption en février dernier, de la Convention de l’Union Africaine sur l’Élimination de la Violence à l’égard des Femmes et des Filles marque une avancée historique pour les droits des femmes en Afrique. Toutefois, Alliance Droits et Santé alerte : sans engagement politique fort, cadre juridique harmonisé et financements durables, cette convention restera lettre morte.

L’organisation exhorte les gouvernements des six pays membres (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Mali, Niger, Sénégal) et les autres pays à mettre en œuvre des plans d’action nationaux budgétisés, multipartites et efficaces, pour assurer une prise en charge intégrale et coordonnée des survivantes de violences basées sur le genre (VBG). Ces actions doivent inclure la prévention, la protection, l’accès à la justice et la réinsertion socio-économique.

Chaque jour de retard expose davantage de femmes et de filles à des violences inacceptables. L’heure n’est plus aux promesses, mais à l’action.

 Alliance Droits et Santé formule trois recommandations stratégiques pour des politiques efficaces :

1. Renforcer les cadres juridiques et la protection des survivant·e·s : Harmoniser les lois nationales avec les engagements régionaux et internationaux, criminaliser toutes les formes de VBG et garantir un accès simplifié à la justice pour les survivantes.

2. Accroître les financements dédiés à la lutte contre les VBG : Allouer des budgets nationaux pluriannuels, impliquer le secteur privé africain via la RSE, et créer des fonds dédiés, transparents et suivis.

3. Améliorer la coordination et le partage des données : Mettre en place des mécanismes de coopération entre acteurs, digitaliser les données, renforcer les centres spécialisés et former les professionnel·le·s de terrain.

Alliance Droits et Santé appelle les gouvernements, les partenaires techniques et financiers, la société civile, les mouvements féministes et le secteur privé à unir leurs efforts pour bâtir une Afrique de l’Ouest où chaque femme et chaque fille vit librement, en sécurité et avec dignité.

ENSEMBLE POUR LES DROITS DES FEMMES ET DES FILLES ! L’heure est à l’action. L’heure est à la ratification. Lien du document de positionnement de l’Alliance Droits et Santé




Autisme au Bénin : les parents entre combat quotidien, solidarité et plaidoyer pour un meilleur accompagnement

À l’initiative de la Clinique Les Mélodies, un atelier spécial parents d’enfants autistes s’est tenu dans la matinée de ce samedi 28 juin à Godomey, réunissant familles, professionnels de santé et éducateurs autour d’un même défi : mieux comprendre, mieux accompagner, et mieux plaider la cause des enfants vivant avec un trouble du spectre autistique (TSA).

Ils sont venus avec le cœur lourd, certains avec des doutes, d’autres avec des années d’expérience à dompter les silences, les cris, les colères soudaines. Mais tous sont repartis avec un souffle nouveau, une certitude partagée : ils ne sont pas seuls. Dans une salle baignée de lumière tamisée, les mots ont fusé, tantôt retenus, tantôt livrés comme un trop-plein longtemps gardé. Les parents présents ont partagé ce que les rapports médicaux n’écrivent pas : l’épuisement, les nuits sans sommeil, les crises imprévisibles, la douleur de ne pas être compris, ni par l’entourage, ni par les institutions.

Dans une salle baignée de lumière tamisée, les mots ont fusé, tantôt retenus, tantôt livrés comme un trop-plein longtemps gardé. Les parents présents ont partagé ce que les rapports médicaux n’écrivent pas : l’épuisement, les nuits sans sommeil, les crises imprévisibles, la douleur de ne pas être compris, ni par l’entourage, ni par les institutions.

Geneviève Mèdagbé, couturière et mère d’un garçon de 12 ans, raconte avoir longtemps erré dans l’incompréhension. « Jusqu’à ses trois ans, il ne disait que maman. Pour tout le monde. On me disait que c’était juste un retard, mais rien n’évoluait », confie-t-elle. Après des années d’expériences thérapeutiques et d’écoles prudentes à instruire son enfant, c’est lors de cet atelier qu’elle affirme avoir mis un nom sur ce que vit son enfant. « Je me rends compte que je ne suis pas seule. Et surtout que ce n’est pas une fatalité. Entendre d’autres mamans dont les enfants vont à l’école, parfois jusqu’en classe de 4e, ça me donne de l’espoir. »

On peut constater le même soulagement chez Mme Edwige Ahonon, mère d’Haniel, 14 ans, qui a décrit les déclencheurs sensoriels des crises de son fils. La chaleur, les bruits, la lumière trop forte, le moindre détail peut suffire à troubler son attitude. Elle remémore ses nuits blanches, ses réveils précoces et les hurlements inconsolables. Toutefois, elle exprime aussi des petits progrès rendus possibles au moyen d’une routine organisée et des adaptations simples : améliorer l’aération de la chambre, créer des repères visuels, introduire des activités physiques épuisantes comme la piscine. « Lorsqu’il nage beaucoup, il dort paisiblement. Sinon, personne ne dort dans la maison », laisse-t-elle entendre.

Un autre couple partage avec compréhension les réalités financières et affectives autour de leur fils de huit ans. Le régime alimentaire strict de Nathan constitué uniquement des frites, des pâtes ou des haricots emmêle les changements de menus au sein de la famille. « Il ne dort que si sa mère est à côté. Il faut toujours sa présence pour le rassurer ». Un poids que le couple assume ensemble, mais non sans difficulté.

Loin de se résumer à des plaintes, ces témoignages traduisent une détermination farouche de faire mieux, malgré l’absence de structures spécialisées, le manque d’outils et la fatigue des parents.

Voix des professionnels : vers une approche multidisciplinaire

À côté des récits de vie, des voix expertes ont apporté des illuminations techniques, mais surtout humains. Madame Edith, Médecin orthophoniste, insiste sur la communication précoce comme clé du développement cognitif de l’enfant. « L’accompagnement commence bien avant le diagnostic. Il faut savoir observer, écouter, parler, même à un enfant qui ne répond pas. Les parents sont les premiers thérapeutes de leur enfant ».

Elle déplore le manque d’information sur les signes précoces de l’autisme : absence de contact visuel, difficultés d’interaction, retards de langage. Selon elle, une intervention précoce soutenue par une équipe pluridisciplinaire, peut radicalement changer le cours des choses. Mais pour cela, il faut des structures accessibles et formées.

Dr Josias Sohinto, Médecin ORL et Directeur de la Clinique Les Mélodies, a dans un discours taché d’humilité et d’expériences, reconnu le parcours de combattant des parents et leur décerne le titre d’expert de la gestion de la maladie. « Nous sommes des soi-disant experts, mais vous, les parents, vous êtes au front. C’est en cela que vous êtes les vrais experts car on ne comprend mieux une affection que lorsqu’on l’a vécue soi-même. Ce que vous vivez au quotidien, nous ne faisons que l’étudier en théorie ». Il se souvient de consultations où cinq soignants n’arrivent pas à calmer un enfant. « Et la maman, seule, y parvient en quelques gestes. C’est cela, l’expertise du terrain ».

Le médecin a présenté l’ambition portée par sa clinique. Il nourrit le rêve d’un modèle intégré, où se côtoient ORL, pédopsychiatre, orthophoniste, éducateur spécialisé, psychologue. Une offre complète, dans un même lieu, pour éviter aux parents des allers-retours coûteux et chronophages. « Nous allons ouvrir un hôpital de jour pour enfants autistes, dès le 30 juin. Ce sera un espace d’accueil quotidien, de suivi global, et d’évaluation continue ».

Pour Otis Wilfried Akpovo, Éducateur spécialisé et modérateur de l’atelier, ce projet est une première pierre vers une véritable politique de santé inclusive. Il alerte néanmoins sur une réalité persistante : l’absence des pères dans le processus d’accompagnement. « Trop souvent, la mère est seule à faire face. Pourtant, avoir un enfant autiste n’est pas une affaire de femmes. Nous lançons un SOS aux papas : soyez là, soyez actifs ».

Un plaidoyer fort à l’endroit des autorités

L’atelier ne s’est pas limité aux témoignages ou aux instructions pour la gestion des crises. Il a aussi été une scène politique et un moment de plaidoyer. Les participants ont exprimé, à l’unisson, la nécessité d’un soutien étatique concret, structuré et durable.

Une première requête portée par les participantes est l’aménagement du calendrier professionnel pour les parents d’enfants autistes. Mme Edwige Ahonon, voix audacieuse au micro, plaide pour des arrangements conformes à celles existant dans d’autres pays. « Comment concilier travail à temps plein et prise en charge d’un enfant qui demande une vigilance de chaque instant ? Beaucoup de mères abandonnent leur emploi. Il nous faut des horaires adaptés, des congés spéciaux, des options de télétravail ».

La création d’écoles spécialisées est vue comme une urgence. Aujourd’hui, les rares établissements existants ne sont pas toujours formés aux spécificités de l’autisme, et nombre d’enfants sont exclus du système éducatif classique. Les parents dénoncent une stigmatisation persistante, autant dans les écoles que dans les quartiers. « On nous regarde comme si on avait mal élevé nos enfants. Comme si c’était notre faute ».

Les recommandations formulées lors de l’atelier sont claires :

  • Intégration de modules sur l’autisme dans la formation initiale des enseignants,
  • Mise en place de centres régionaux de diagnostic et de prise en charge,
  • Subvention des soins orthophoniques, psychologiques et éducatifs,
  • Organisation régulière de campagnes de sensibilisation nationale.

Dr Josias Sohinto l’a rappelé en conclusion : le plaidoyer ne peut aboutir sans données. « Si nous voulons convaincre les décideurs, nous devons leur présenter des résultats. Montrer que l’approche intégrée fonctionne. Que l’investissement humain et financier porte ses fruits ».

Pour cela, un appel a été lancé à tous les parents, professionnels et partenaires. Documenter, évaluer, chiffrer dans l’espoir que, dans quelques années, les fruits de cette mobilisation se traduisent par une politique publique ambitieuse en faveur des personnes vivant avec l’autisme.

À travers cet atelier, c’est tout un bout de la société béninoise qui s’est exprimé avec force et dignité. « Ce n’est pas une clôture. C’est une ouverture sur un rêve collectif », a conclu Dr Sohinto. Un rêve d’un Bénin où chaque enfant, quel que soit son profil, a droit à une place, à une attention, à un avenir.

Mahugnon Josué TCHAGNONSI




Sécurité Alimentaire au Bénin : Le projet CASCADE promeut les jardins de case pour renforcer la résilience et l’autonomie des ménages

L’une des habitudes qui s’installent progressivement dans le quotidien des communautés des départements du Couffo, de l’Ouémé et du Zou au Bénin, c’est le développement de petits jardins contigus aux cases. Une approche ayant existé par le passé dans les communautés et qui refait surface grâce aussi au projet CASCADE mis en œuvre par le consortium CARE Bénin/Togo et GAIN, financé par le Ministère des Affaires Etrangères du Royaume des Pays Bas.

Une suite logique des expériences de l’Approche Farmers Fields Business School (FFBS) à travers les unités de Démonstration

Au cours de l’année 2024, l’approche FFBS propre à CARE a été déployée dans les communautés ciblées par le projet CASCADE, afin de mettre en pratique ses principes, notamment dans la production agricole durable et le développement des activités génératrices de revenus (AGR). Ainsi, des unités de démonstration ont été installées avec l’appui des Agences Territoriales de Développement Agricole (ATDA) qui ont accompagné les groupements de producteurs dans les différentes communes d’intervention du  projet. Au terme du processus, des résultats positifs ont été enregistrés, les rendements obtenus ont permis aux communautés de renforcer la sécurité alimentaire et de développer des activités génératrices de revenus. Alors que le projet CASCADE vise spécifiquement entre autres, à améliorer l’accès et la consommation d’aliments sains dans les ménages, les populations ont été outillées à travers les unités de démonstration pour installer et développer les jardins de case au sein des communautés. Albertine ADOGBA membre du groupement « Agri la lumière » dans le village Sota-Aigbadji dans la commune de Bonou est satisfaite de la démarche entreprise par le projet CASCADE : « l’année dernière nous avons cultivé de la grande morelle sur une parcelle de démonstration en appliquant les principes de l’approche FFBS. Nous avons obtenu de très bons rendements.  ce qui a permis à chaque membre de notre groupement de consommer ce légume chez soi. Eensuite, nous avons recu des semences de légumes de la part de CASCADE et chacun a été encouragé à reproduire cela à domicile Et c’est ce que nous avons démarré dans nos maisons. »

Des graines d’espoir plantées au cœur des foyers

Dans les communautés comme Djidja, Toviklin, la prise de conscience de l’importance de manger sainement s’ancre progressivement dans les habitudes. Les petits espaces libres autour des maisons sont désormais mis à profit pour cultiver des légumes frais,  tandis que les cheptels domestiques fournissent des sources accessibles de protéines animales, facilement intégré dans le repas quotidiens. Albertine AFAGNON est émerveillée par le résultat de son petit jardin, qui lui procure des avantages : « Je n’avais pas l’habitude de cultiver des légumes chez moi à la maison. C’est grâce au projet CASCADE que j’ai intégré cette pratique,,  je trouve que c’est une très bonne recommandation. Il suffit que je contourne le mur pour accéder à mon jardin et  cueillir des légumes frais pour ma sauce », raconte-t-elle avec enthousiasme 

Les perspectives pour les jardins de case

L’autonomie alimentaire des ménages constitue un levier essentiel pour  lutter efficacement contre la malnutrition à l’échelle communautaire . Au Bénin, les mois à venir seront déterminants pour l’amélioration de la nutrition dans les communes d’intervention du projet CASCADE notamment à Djidja et à Toviklin où sera mis en œuvre le sous projet dénommé « La nutrition au cœur des activités agricoles dans les communes de Djidja et de Toviklin. » Ce sous projet vise à Promouvoir la consommation durable des rations alimentaires saines dans les ménages agricoles, en accompagnant  10.000 femmes agricultrices dans la production, la transformation et la consommation d’aliments à haute valeur nutritive. Edmond ZINZINDOHOUE, gestionnaire du projet CASCADE clarifie : « L’objectif est que chaque ménage améliore sa consommation de fruits et légumes par sa propre production domestique. Le jardin potager permet à la famille de produire une partie des fruits et légumes qu’elle consomme en maîtrisant la qualité sanitaire des produits, tout en réduisant  les dépenses alimentaire. »

Ainsi le principe « Un potager par case » s’impose progressivement dans les communes comme une véritable révolution silencieuse pour renforcer l’autonomie alimentaire et nutritionnelle des ménages béninois à travers le projet CASCADE.

Bamidélé LAOUROU




Lutte contre le VIH : une réforme législative attendue pour garantir les droits et l’accès aux soins

Réunis depuis le lundi 30 juin 2025 à Grand-Popo, des députés des commissions permanentes de l’Assemblée nationale, accompagnés de cadres administratifs, participent à un atelier stratégique crucial sur la lutte contre le VIH/SIDA. Organisée par le Programme Santé de Lutte contre le SIDA (PSLS) en partenariat avec l’Institut Parlementaire du Bénin (IPAB) et avec l’appui d’ONUSIDA, cette rencontre vise à préparer la révision de la loi n°2005-31 du 10 avril 2006, désormais jugée obsolète face aux défis sanitaires actuels.

D’entrée de jeu, le Dr Romaric Akpovo, directeur adjoint de l’IPAB, a salué l’engagement des élus, mobilisés en pleine session parlementaire. Il a rappelé que la législation de 2006, bien qu’étant une avancée majeure à l’époque, doit être actualisée pour s’adapter aux mutations scientifiques et sociales. Pour lui, une riposte efficace exige désormais un engagement politique éclairé, basé sur des données à jour.

Le tableau dressé par la directrice pays d’ONUSIDA pour le Bénin et le Togo, le Dr Diallo Yayé Kanny, révèle des progrès significatifs : une diminution de 46 % des nouvelles infections et une baisse de 55 % des décès liés au VIH au cours des dix dernières années. Malgré ces résultats, elle a alerté sur les lacunes persistantes qui empêchent d’atteindre les objectifs mondiaux.
La stigmatisation, les lois restrictives, les inégalités de genre et les discriminations continuent d’entraver l’accès aux soins pour de nombreuses personnes à risque. Dans ce contexte, les objectifs internationaux « 10-10-10 » – visant à éliminer ces barrières structurelles – prennent tout leur sens. Le Dr Diallo a d’ailleurs confirmé que la révision de la loi béninoise est en cours au niveau gouvernemental et a exhorté les parlementaires à en faire une priorité.

Vers une réforme plus équitable et inclusive

S’exprimant au nom du ministère de la Santé, le Dr Anita Wadagni, Secrétaire Exécutive du Conseil National de Lutte contre le SIDA, la Tuberculose, le Paludisme, les Hépatites et les Épidémies (CNLSTP), a souligné les disparités masquées par la baisse globale de la prévalence, estimée à 0,7 % en 2024 chez les 15-49 ans. Certaines communautés, a-t-elle précisé, enregistrent des taux beaucoup plus élevés.
Elle a présenté les grands axes de la future loi, qui se concentrent sur la protection des droits des personnes vivant avec le VIH, l’équité dans l’accès aux soins, la lutte contre les discriminations et la responsabilisation de tous les acteurs. « Ce texte se veut moderne, humaniste et inclusif », a-t-elle affirmé, appelant les députés à jouer un rôle moteur dans cette dynamique.

Présidant l’ouverture officielle des travaux au nom du président de l’Assemblée nationale, Louis Vlavonou, l’honorable Victor Topanou, président de la commission chargée des affaires sociales, a salué l’implication de ses collègues. Il a rappelé que la baisse de la prévalence au Bénin est aussi le fruit de politiques sociales volontaristes, avec des budgets sociaux représentant près de 42 % du budget national en 2024.
Cependant, il a souligné que des « zones de résistance » persistent concernant le respect des droits humains. Citant le rapport 2024 de la Journée Mondiale du SIDA, intitulé « Suivons le chemin des droits pour mettre fin au Sida », il a plaidé pour une mobilisation accrue autour du nouveau projet de loi, y compris par l’organisation d’un séminaire parlementaire élargi.