
À l’occasion du lancement de l’édition 2025-2026, les leaders d’opinion rappellent le rôle capital des médias pour briser le cycle de la négligence et mobiliser les décideurs.

Le Réseau des Médias Africains pour la Promotion de la Santé et de l’Environnement (REMAPSEN) a officiellement lancé, mardi 25 novembre 2025, la quatrième édition de son Forum des Médias consacrée aux Maladies Tropicales Négligées (MTN). Cet événement d’envergure panafricaine, qui culminera par un rassemblement physique de près de 100 professionnels à Cotonou les 29 et 30 janvier 2026, se donne pour mission de placer le fléau des MTN sous les projecteurs médiatiques et politiques.

Dans son message d’ouverture, le président du REMAPSEN, Bamba Youssouf, a rappelé la genèse de ce forum annuel. « Conscient du rôle qui est le sien dans l’information du public sur la Santé et l’Environnement, le REMAPSEN a créé en 2022 le forum des médias », a-t-il déclaré, soulignant l’évolution des thématiques abordées, de la lutte contre le VIH/SIDA aux violences faites aux femmes. Pour cette édition 2025-2026, le thème retenu est sans équivoque : « La Négligence à la mise en lumière : Faire avancer l’agenda africain pour l’élimination des MTN ».
Un fardeau colossal et un déni de potentiel
L’urgence de cette mobilisation a été chiffrée par le Pr Awa Marie Coll-Seck, Présidente de Gallen Africa. « Les maladies tropicales négligées touchent plus de 600 millions d’Africains, soit 40 % du fardeau mondial », a-t-elle alerté, décrivant des pathologies qui « aveuglent, défigurent, rendent invalides et stigmatisent des millions de personnes. Souvent les plus pauvres et les isolés. »

Au-delà de la tragédie sanitaire, elle y voit un enjeu fondamental pour le développement du continent. « Accepter la persistance des maladies tropicales négligées, c’est accepter que l’Afrique vive en dessous de son potentiel », a-t-elle affirmé. Ces maladies, dont vingt sont prioritaires, frappent les communautés les plus marginalisées, réduisent la productivité, compromettent l’éducation et perpétuent la pauvreté. Pour elle, les éliminer « n’est pas un luxe : c’est un pilier de la souveraineté sanitaire et du développement durable de l’Afrique. »
Les médias, acteurs clés du diagnostic à la décision
Le Pr Roch Christian Johnson, Directeur de la Fondation Raoul Follereau, a détaillé avec force exemples le rôle capital que les journalistes sont appelés à jouer. Il a insisté sur la nécessité de diffuser des messages simples et porteurs d’espoir pour briser la fatalité. Prenant l’exemple de la lèpre, il a expliqué : « ça commence par des taches au niveau de la peau […] un traitement gratuit existe et le malade peut guérir sans infirmité. […] Je pense fondamentalement que ce message, il est très vendable. »

Son plaidoyer va au-delà de la sensibilisation individuelle. Il appelle les médias à forcer le débat public pour inverser la logique de négligence politique. « La lèpre tout comme l’ulcère de Buruli […] ne sont pas connues des décideurs, ce qui fait que les ressources pour une lutte efficace font défaut », a-t-il déploré. Leur rôle est donc « d’amener ces maladies sur la place publique pour qu’il y ait un débat […] en vue d’une prise de conscience de toutes les parties prenantes », des décideurs aux personnes affectées, afin que « des ressources significatives soient allouées. »
Il a également souligné l’importance de relayer les avancées de la recherche pour nourrir un récit d’espoir et d’action. L’objectif final est ambitieux mais atteignable : « zéro transmission, zéro invalidité et zéro stigmatisation. »
Une feuille de route pour l’action
À l’issue des travaux du forum de Cotonou, prévu pour coïncider avec la Journée Mondiale de Lutte contre les MTN, le REMAPSEN adoptera un plan d’action conceptuel. Sa mise en œuvre s’étalera sur le triennat 2026-2028 et concernera l’ensemble des 43 pays membres du réseau.
Ce forum se positionne ainsi comme une plateforme stratégique pour transformer la « négligence » en « priorité », en faisant des médias africains les catalyseurs d’une prise de conscience collective et d’une mobilisation résolue contre ces maladies qui entravent le destin du continent.
Megan Valère SOSSOU
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