
À l’horizon 2030, le Bénin comptera plus de 55 000 tonnes de déchets issus des systèmes solaires photovoltaïques : panneaux usagés, batteries au plomb ou lithium en fin de vie, câbles et onduleurs hors d’usage. Un volume colossal qui, en l’absence de filière structurée, risque de se transformer en catastrophe écologique.

C’est pour anticiper cette échéance que le Geres a officiellement lancé, le mercredi 4 mars 2026 à Azalai Hôtel de Cotonou, le Projet 3R (Reduce, Reuse, Recycle). Soutenu par la Fondation Prince Albert II de Monaco, la Ville de Paris, la Fondation Nexans et la Fondation Synergie Renouvelable, ce projet vise à mettre en place les conditions d’une gestion durable des équipements solaires en fin de vie au Bénin.
Dans son allocution, Raphaël Accart, Directeur Afrique de l’Ouest du Geres, a planté le décor : « Le Bénin a fait des pas de géant pour l’accès à l’énergie électrique. Aujourd’hui, c’est près de 60% de la population qui a accès à l’électricité, contre 43% en 2020. Mais cette lumière qui illumine cache une ombre grandissante : celle des déchets électroniques solaires. Des milliers d’équipements défectueux sont déjà stockés dans des entrepôts ou abandonnés dans la nature. En l’absence de filière structurée, ils représentent 70% de la toxicité totale des décharges, avec des métaux lourds qui mettent en péril l’avenir environnemental du pays. Nous ne pouvons pas accepter que la solution d’aujourd’hui devienne la pollution de demain. »
Le message est clair : alors que le Bénin mise massivement sur les énergies renouvelables pour électrifier les zones rurales, il devient urgent d’anticiper la fin de vie des équipements. Le projet 3R se veut une réponse collective à cette problématique émergente.



Témoignage de Sotchanhoué : « Quand les matériaux se gâtent, nous les jetons »
Pour mesurer l’urgence de la situation, il suffit d’écouter Victorin Okpoe, Chef du village de Sotchanhoué, dans l’arrondissement de Vèki (commune de So-Ava). Représentant des bénéficiaires et utilisateurs de systèmes solaires hors réseau, il a livré un témoignage poignant sur les réalités du terrain : « Notre commune compte 69 villages, mais seulement quatre ont accès au courant électrique. Vingt-et-un autres sont en train d’être électrifiés. Les 44 villages restants dépendent donc entièrement de l’énergie solaire pour l’éducation des enfants, l’électrification des ménages et l’usage des appareils électroménagers. »
Mais que faire quand les équipements tombent en panne ? La réponse du chef village illustre l’absence de solution structurée : « Quand les matériaux se gâtent, nous les jetons ou nous les revendons dans le circuit informel. »
Pour Bruno Gbodjivi, Chef Projet 3R, ces problèmes seront résolus grâce au projet 3R car son objectif est de mettre en place les conditions favorables à la prévention et à la gestion durable des équipements de la filière solaire photovoltaïque en fin de vie au Bénin. Pour y parvenir, nous avons besoin d’une synergie d’action de tous les acteurs a-t-il indiqué.




Un alignement avec les politiques nationales
Le projet 3R arrive à point nommé dans le paysage institutionnel béninois. Dr Calixe Houssou, Point focal de l’économie circulaire au Ministère du Cadre de Vie et des Transports (MCVT), a salué une initiative qui s’inscrit pleinement dans le Plan d’Action pour l’Économie Circulaire (PAEC 2025-2035). « Les déchets électroniques solaires représentent à la fois un risque environnemental majeur et une opportunité économique considérable si nous parvenons à les transformer en ressources a-t-il déclaré.
Du côté du Ministère de l’Énergie, l’engagement est tout aussi fort. Ghislain Laly Chacha, représentant le Directeur Général de la Planification Énergétique et de l’Électrification Rurale (DGPER), a souligné l’importance stratégique de la gestion des déchets solaires dans le cadre de la Politique Nationale de Développement des Énergies Renouvelables (PONADER).
« La DGPER salue l’engagement du Geres et de l’ensemble des partenaires techniques et financiers. Leur contribution illustre l’importance de la collaboration entre les institutions publiques, le secteur privé, la société civile et les partenaires internationaux pour relever les défis de la transition énergétique. »
Le secteur privé était aussi présent au lancement de cette initiative. Gwladys Alahassa, vice-Présidente d’AISER – Bénin a réaffirmé l’engagement du secteur privé à contribuer activement aux réflexions techniques. « Je…renouvelle la disponibilité d’AISER Bénin à travailler aux côtés du Geres, des Ministère et des partenaires pour faire de cette initiatives un modèle national » a-t-elle laissé entendre.
Dans son allocution de lancement officiel du projet 3R, Arlette Bello Saizonou, 1ère Adjointe au Maire représentant le Maire de la ville de Cotonou, a tenu à marquer l’engagement de la capitale économique dans cette dynamique. « Le Conseil communal soutient pleinement cette initiative et félicite ses responsables. En encourageant l’économie circulaire, nous favorisons l’innovation locale et la création d’emplois verts. »
Premiers résultats de l’étude prospective
La cérémonie de lancement a également été l’occasion de présenter les premiers résultats de l’étude prospective sur les déchets solaires au Bénin. Dans une approche participative, ces données préliminaires ont nourri des échanges constructifs avec le partage d’expérience et de recommandation entre acteurs présents :
Pour les participants, représentants des ministères, élus locaux, experts, opérateurs privés, organisations de la société civile, le projet 3R vient à point nommé et constitue l’espoir de voir désormais mieux gérés les déchets issus de l’énergie solaire.
Kaka Sabine, Ingénieure de conception en efficacité énergétique et énergie renouvelable a pris part à l’événement. Elle se confie : « On avance plus vers les énergies renouvelables mais on ne pense pas à la gestion de ces déchets. A la fin de cet atelier, je suis optimiste à la gestion durable des déchets solaires au Bénin parce que c’est un problème auquel on doit très vite trouver de solution. »

Ce projet, selon Blaise Noutai, Spécialiste en Développement communautaire et Membre du Réseau des Organisations pour le Développement des Energies Renouvelables, permettra à la communauté de recycler les déchets des énergies renouvelables afin d’éviter de les stocker avec les risques sur la santé humaine et l’environnement.
Les échanges ont permis de dégager des pistes d’action concrètes pour la mise en œuvre du projet. Nous souhaiterions que le coût des batteries et des panneaux solaires soit moins élevé pour nous faciliter la vie.
Une « solidarité climatique » pour anticiper l’avenir
Raphaël ACCART n’a pas manqué de rappeler la philosophie qui anime le projet 3R : « Le Projet 3R n’est pas qu’une initiative technique. C’est un acte de solidarité climatique. Nous devons préparer demain dès aujourd’hui pour préserver l’environnement tout en créant une dynamique économique viable autour de ces déchets électroniques. Notre ambition est de mettre en place les conditions d’une gestion durable de ces équipements, pour que la transition énergétique au Bénin ne se fasse pas au détriment de l’environnement ni de la santé des populations. » a-t-il déclaré.
A noter que pour répondre aux défis liés aux déchets électroniques de l’énergie solaire, le Geres a structuré le projet 3R autour de trois piliers fondamentaux à savoir la connaissance, la concertation et l’action. Si le premier permettait de réaliser des études prospectives pour comprendre le volume et le modèle économique viable au Bénin, le second consisterait à créer des cadres de dialogues permanents avec les autorités publiques de l’Etat, les collectivités territoriales, le secteur privé, les acteurs informels ; Et le troisième pour installer un atelier pilote de tri afin de valoriser et de recycler tous les déchets tout en créant une dynamique locale d’emplois verts.
Plus qu’un simple projet de gestion des déchets, l’initiative 3R incarne un changement de paradigme pour le Bénin : celui d’une croissance verte.
Megan Valère SOSSOU
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