
L’ONG MJCD a organisé une activité de formation le vendredi 17 avril 2026 à Cotonou. Cette activité s’inscrit dans son projet « Renforcement de l’Entreprenariat Artisanal » (REA). L’objectif est d’aider les artisans à mieux gérer leur entreprise et à accéder à de nouveaux marchés.

Le constat est posé d’emblée par le docteur Faustin DJAGBA, Directeur Exécutif de l’ONG MJCD. « Les artisans ont en général de petites unités de service ou de production. Il y a une insuffisance de l’esprit entrepreneurial. Les capacités sont là, il faut juste donner l’impulsion. » Le projet, élaboré par le MJCD avec le soutien technique du réseau national de la société civile pour la promotion de l’entreprenariat et de l’emploi des jeunes et l’assistance technique de l’institut Phénix, bénéficie du financement du Fonds de Développement de l’Artisanat (FDA).
Pourquoi cibler spécifiquement les jeunes et les femmes ? « Parce qu’ils constituent la frange sociale majoritaire, et avec les jeunes, on peut jouer facilement sur l’esprit, ce qui n’est pas le cas des personnes plus âgées », répond le directeur. L’objectif affiché est clair : « Susciter et accompagner l’émergence d’une nouvelle génération d’entrepreneurs artisans. »
La « stratégie 433 » : trois jours de formation, un mois sur le terrain
Pour y parvenir, le MJCD a adapté une méthode éprouvée sur le projet 3M : la stratégie 433. Celle-ci se déroule en quatre étapes : renforcement de l’esprit entrepreneurial et identification de l’idée d’entreprise ; étude de faisabilité et plan d’affaires ; mobilisation des ressources et mise en œuvre ; développement, croissance et pérennisation. Chaque étape est initialement conçue sur trois jours de formation suivis de trois mois d’accompagnement. « Vu que la durée du projet est réduite, nous avons ramené les temps de coaching à un mois », précise Faustin DJAGBA. Le processus complet s’étale sur cinq mois, alternant sessions collectives et suivi individuel.
Emeric Coffi Segla AMOUSSOU, coach formateur au sein du RENEJ-Bénin, détaille les ambitions : « Nous avons choisi les artisans parce qu’au Bénin, le secteur artisanal constitue un pilier économique indispensable. Malgré les réformes de l’État, une difficulté majeure persiste : l’incapacité des artisans à transformer leur unité de production en une véritable entreprise créatrice de valeurs et d’emplois. L’entrepreneuriat leur manque. »
« J’ai retenu la confiance en soi, l’estime de soi et la prise de risque »
Dans la salle, les profils sont variés. Les participants viennent de Golo-Djigbé, de Fidjrossè, d’Akpakpa Sènandè ou de la zone 1 d’Akpakpa. Tous ne maîtrisent pas parfaitement le français. « Il nous arrive de parler les langues endogènes pour mieux expliquer. Ils sont libres de s’exprimer dans la langue qui les convient, même avec des erreurs, nous comprenons l’idée et nous avançons », rassure le coach Emeric.
Assis au premier rang, Ephrem AGOGNON, maître ébéniste-menuisier à Golo-Djigbé, n’a pas lâché son stylo. « J’ai retenu que pour être un bon entrepreneur, il faut la confiance en soi, l’estime de soi, cultiver les valeurs essentielles : être déterminé, prendre des risques et savoir vendre ce qu’on a entrepris. » Dès son retour, il compte « retrouver les jeunes ayant suivi la même formation, échanger avec eux, partager les savoirs et les amener à l’autonomie s’ils ne sont pas encore à leur propre compte. » Son appel : « Les jeunes, ne baissez pas les bras, engagez-vous et prenez des risques. »
« On ne nous donne pas le poisson, on nous apprend à pêcher »
Naomie Elena LOKOSSOU, styliste-modéliste venue de Fidjrossè, a pris des notes abondantes. Elle énumère les neuf points développés : connaissance de soi, estime de soi, confiance en soi, principes ou valeurs d’une personne autonome, principes fondamentaux du succès avec « l’arbre du succès » expliqué par le Directeur Exécutif, « ceinture d’équipe » par des jeux pratiques très édifiants, communication et gestion du risque. « On nous a mis à disposition un coach très chaleureux. Je ne compte pas rentrer et déposer mon cahier. Je vais faire un test, avoir mon idée d’entreprise, lancer mon projet et prendre des mesures concrètes. La formation ne donne pas le poisson, elle apprend à pêcher et nous montre que nous sommes capables. » Ses impressions : « Je sors de mon isolement. Je cherche désormais des opportunités sans peur, sans fuir l’objectif. »

« Je me sous-estimais. Maintenant, j’ose »
Grâce OUSSOU, coiffeuse à Akpakpa Sènandè, également décoratrice et vendeuse de produits cosmétiques, avoue être venue avec des réticences. « Avant de quitter la maison, je me demandais si ce serait une formation sur l’hygiène et les soins corporels. Cela me faisait douter. Mais après ces trois jours, je n’ai plus de doutes. Je remercie ceux qui ont instauré le projet, ceux qui ont investi et notre formateur. » Elle confie : « Pendant longtemps, je doutais de moi. La formation m’a donné confiance. J’ai retenu qu’il ne sert à rien de se sous-estimer. Il faut oser, saisir chaque opportunité, et quand on décide, aller jusqu’au bout sans abandonner. » Elle prévoit déjà de partager ses acquis au sein de l’association des coiffeuses de sa localité lors des réunions saisonnières.
Un autre participant, venu de la zone 1 d’Akpakpa, résume sa leçon par une philosophie de vie : « Rien n’est appelé à être stable, tout peut changer. Je vais sensibiliser mon entourage à se former sans cesse, car on n’en finit jamais d’apprendre. »
Un réseau d’artisans formateurs et un effet boule de neige
Au-delà des compétences individuelles, le projet vise trois résultats attendus : renforcer les capacités entrepreneuriales et managériales des bénéficiaires, mettre en place un réseau d’artisans formateurs opérationnel, et créer une dynamique de solidarité entre artisans. Emeric AMOUSSOU y croit fermement : « Nous attendons qu’ils transforment leur unité de production en véritable entreprise créatrice de revenus, qu’ils mettent en place un réseau d’artisans formateurs actif pour multiplier la formation, et qu’ils développent une solidarité entre eux. »
Le docteur Faustin DJAGBA parie sur l’effet d’imitation : « Quand ils changeront de comportement et commenceront à produire de meilleurs résultats, cela suscitera la curiosité des autres. Il y aura naturellement un effet d’imitation, et cela pourra prendre progressivement. J’espère que 100% des bénéficiaires opéreront ce changement qualitatif, et que d’ici quelques mois ou années, nous puissions identifier de grands entrepreneurs en leur sein. L’histoire retiendra que c’est parti de ce projet. »
« Qu’on devienne une solution pour soi-même et pour les autres »
Avant de clore la session, le directeur exécutif lance un appel solennel : « Il faut sincèrement travailler sur l’esprit. La positivité, nous en avons besoin au niveau des individus, de la famille, de la société. Notre pays a vraiment besoin de ça. Que chaque homme détienne ce potentiel et l’utilise en bien, pour son développement personnel, celui de sa communauté, de sa famille. Qu’on se refuse désormais d’être un problème pour soi-même ou pour sa communauté, mais qu’on devienne une solution pour soi-même et pour les autres, afin que chaque personne apporte sa contribution à un monde davantage beau. »
Dans quelques mois, les premiers coachings individuels diront si la métamorphose a eu lieu. En attendant, ce vendredi 17 avril 2026, les artisans repartent avec un nouveau logiciel intérieur.
Megan Valère SOSSOU
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