
Dans la commune de Bohicon et de Toffo, un projet croise santé, équité et entrepreneuriat pour offrir un avenir meilleur aux femmes et aux jeunes filles vulnérables. Grâce à une subvention des Fonds Français MUSKOKA, obtenue avec le soutien d’ONU-FEMMES, la Mutuelle de Jeunes Chrétiens pour le Développement (MJCD) met en œuvre le « Projet Intégré de Santé Communautaire Nutritionnelle et de l’Équité Genre (PISEG) ».
Ce projet vise à renforcer l’égalité des sexes et à améliorer la santé maternelle, infantile et des adolescentes en leur offrant des solutions concrètes et durables. Dans le cadre de ce projet, il est prévu l’organisation de sessions de formation en entrepreneuriat, leadership et compétence de vie afin de réduire le degré de vulnérabilité des populations.

Pour Jean-Baptiste Amoussou, Coordonnateur du projet, le lien entre ces dimensions est essentiel. Il explique la vision intégrée du projet : « On s’est rendu compte qu’on ne peut pas aborder l’équité genre sans tenir compte d’autre aspect […] tous ces actions convergent vers un seul point, c’est le bien-être de la famille, de la femme, des acteurs sociaux. »
Une vision intégrée : santé, genre et autonomie économique
Cette approche holistique porte déjà ses fruits. « Les normes sociales restrictives sont de plus en plus positives. Les communautés ont loué les actions de sensibilisation […] et ont estimé qu’on ne doit pas s’arrêter, » constate-t-il, soulignant l’importance de l’approche globale : « Il est important de prendre en compte les questions de la société, les questions de la famille dans leur globalité et non de les prendre individuellement selon le genre, on manquerait certains pas essentiels. »
L’ambition est de pérenniser cette transformation sociale. « La question du genre désormais, les hommes et les femmes l’ont souhaité, il faut qu’on les mette ensemble pour en parler, » affirme le coordonnateur, qui appelle de ses vœux un changement profond : « Vivement qu’on puisse transformer les normes sociales au sein de nos communautés pour que la masculinité positive prenne sa place […] mais aussi que l’autonomisation de nos filles, de nos femmes prenne la place dans nos sociétés. »
Le témoignage poignant d’une bénéficiaire : retrouver la liberté
Le visage de ce changement a un nom : Guendehou Alicia, résidant au quartier Vehou à Bohicon. Son témoignage illustre avec force le cercle vicieux de la dépendance économique et ses impacts sur la vie quotidienne et la santé.


« Avant, ma vie dépendait entièrement de mon mari. Pour chaque dépense qu’elle soit personnelle ou pour le foyer je devais attendre qu’il veuille bien me donner de l’argent. Souvent, il me remettait l’argent tard le soir, m’obligeant à faire les courses et à cuisiner la nuit. Cette situation me pesait énormément. Elle créait des tensions, des disputes, et exposait notre intimité aux regards extérieurs. Je me sentais prisonnière, sans autonomie, et cela affectait ma santé et mon bien-être. »
Son intégration au projet a marqué un changement dans sa vie. « Heureusement, j’ai eu la chance d’intégrer la communauté des femmes du projet et de bénéficier d’une subvention pour une activité génératrice de revenus. Aujourd’hui, grâce à ma petite entreprise, je gagne mes propres revenus. Je peux subvenir aux besoins du foyer, m’offrir ce dont j’ai besoin, et décider librement de mes dépenses. Je cuisine ce que je veux, au moment où je veux, et ma famille en profite pleinement. Ce projet m’a redonné confiance, autonomie et dignité. »
Le lien indéniable entre précarité économique et santé

Les professionnels de santé sur le terrain confirment le lien étroit observé entre la situation économique et la santé des femmes. Rosette Adingnin, Sage-Femme d’État dans le département du Zou, dresse un constat clair : « Oui. La précarité économique limite l’accès aux soins, à une alimentation équilibrée et expose au stress chronique. Chez les femmes, cela se traduit par des retards de consultations prénatales, des carences nutritionnelles, une vulnérabilité accrue aux infections et une santé mentale fragilisée. »
L’autonomisation économique apparaît alors comme un puissant levier de santé publique et de protection. « Absolument. Une femme disposant de ressources propres a plus de capacité à refuser une relation abusive, à quitter un environnement violent et à décider de sa santé reproductive. L’autonomie financière facilite aussi le paiement des soins, des transports vers les centres de santé et l’achat de médicaments, » explique-t-elle.
Un appel à poursuivre l’effort collectif
Le « Projet Intégré de Santé Communautaire Nutritionnelle et de l’Équité Genre (PISEG) »se présente comme un catalyseur de changement bien au-delà de la simple sensibilisation. Comme le conclut l’analyse des professionnels, ce projet va au-delà de la simple information. Il donne aux femmes les moyens concrets pour le savoir-faire économique, la confiance en soi de mettre en pratique les messages de santé tels que la planification familiale, la nutrition et les consultations.
Un message reste au cœur de cette initiative : celui de la responsabilité et de la mobilisation continue. Le coordonnateur adresse un message aux bénéficiaires : « Faire un bon usage de ce qu’on leur donne comme appui […] pour qu’elles puissent avoir à l’avenir la surface financière pour éviter les pièges qui conduisent à la violence faite à la fille et à la femme. » Et un appel à la communauté : « Que la communauté continue à nous aider, qu’elle s’engage dans le recul de tout ce qui nous amène à parler de violences basées sur le genre. »
À travers les causeries éducatives, dialogues inter générationnels émissions radiophoniques, plaidoyers, redditions de compte communautaires, cadres de concertations, plateforme numérique, séances de sensibilisation des paires éducatrices et des unités villageoises de sensibilisation et la formation des acteurs stratégiques, c’est une nouvelle dynamique qui s’enclenche à Bohicon et à Toffo, où l’autonomie économique des femmes devient le pilier d’une meilleure santé, d’une plus grande équité et d’un bien-être familial renforcé.
Megan Valère SOSSOU
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