
À la veille de la Journée internationale de tolérance zéro aux mutilations génitales féminines (MGF), un appel pressant résonne en Afrique de l’Ouest et du Centre. Derrière les chiffres alarmants se cache une réalité brutale : chaque minute de retard dans la lutte contre cette pratique a un coût humain et économique exorbitant.

L’Afrique de l’Ouest et du Centre porte un fardeau disproportionné dans cette crise des droits humains. La région abrite 17 des 27 pays africains les plus touchés, faisant d’elle l’épicentre de la lutte pour atteindre l’objectif mondial de zéro MGF d’ici 2030.
« Les MGF ne sont ni une affaire privée ni un rite culturel de passage », affirme le Dr Sennen Hounton, Directeur régional de l’UNFPA pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre. « Il s’agit d’une grave violation des droits humains qui porte atteinte au droit des filles à la santé, à l’intégrité physique et à une vie exempte de torture. »
Les statistiques sont accablantes. Plus de 230 millions de femmes et de filles vivent actuellement avec les séquelles physiques et psychologiques des MGF. Chaque année, 4 millions de filles supplémentaires sont exposées au risque, dont la moitié ont moins de cinq ans.
Sans accélération des efforts, 23 millions de filles supplémentaires subiront des MGF d’ici 2030. « Ces chiffres ne sont pas abstraits. Ce sont des vies, des potentiels brisés, des souffrances évitables », insiste le Dr Hounton.
L’équation économique : investir pour économiser
L’argument financier est aussi implacable que l’argument moral. L’inaction coûte cher : le traitement des complications sanitaires liées aux MGF grève déjà les systèmes de santé de 1,4 milliard de dollars annuellement, un montant appelé à augmenter.
En contraste frappant, l’investissement dans la prévention offre des retours exceptionnels. « Pour chaque dollar investi dans l’élimination des MGF, nous générons un retour sur investissement de 10 dollars », explique le Dr Hounton. Ces économies proviennent des réductions des dépenses de santé et des gains en éducation et productivité lorsque les filles sont protégées.
Un investissement mondial de 2,8 milliards de dollars permettrait d’éviter que 20 millions de filles ne subissent des MGF, tout en générant près de 28 milliards de dollars de bénéfices économiques.
Une course contre la montre
Malgré des progrès notables – la moitié des avancées des 30 dernières années ayant eu lieu au cours de la dernière décennie – le rythme actuel reste désespérément lent. Pour atteindre la cible des Objectifs de développement durable d’ici 2030, le taux de recul de la pratique doit être multiplié par 27.
Cette urgence est exacerbée par une tendance inquiétante : la diminution des financements mondiaux coïncide avec un recul de l’égalité de genre dans plusieurs régions.
Le Programme conjoint UNFPA-UNICEF : un modèle qui fonctionne
Face à ce défi, le Programme conjoint UNFPA-UNICEF pour l’élimination des MGF démontre l’efficacité d’une approche coordonnée. Actif dans 18 pays dont 8 en Afrique de l’Ouest et du Centre, ce programme a déjà permis des avancées significatives :
- 1 137 000 filles âgées de 0 à 14 ans protégées contre les MGF
- Plus de 50 millions de personnes dans 21 700 communautés ayant déclaré publiquement l’abandon de la pratique
- Plus de 7 millions de femmes et de filles ayant accédé à des services essentiels
La feuille de route : intégration, innovation et financement durable
Le thème de la Journée internationale 2026, « Vers 2030 : pas de fin aux MGF sans engagement et investissement durables », guide l’action nécessaire :
- Briser les silos : Intégrer la prévention des MGF dans les programmes de santé, d’éducation et de développement économique
- Diversifier les sources de financement : Renforcer les ressources nationales et mobiliser le secteur privé
- Investir dans l’innovation : Utiliser la technologie pour atteindre les communautés les plus reculées
Un appel à l’action collective
« Il s’agit d’un appel à l’action pour chaque membre de la société », lance le Dr Hounton. « Femmes et hommes, filles et garçons, familles, leaders traditionnels et religieux, gouvernements et secteur privé tous doivent mettre leur influence au service d’un avenir sans MGF. »
Le message est clair : le temps n’est plus aux déclarations d’intention. Les outils existent, les stratégies efficaces sont éprouvées. Il ne manque que la volonté collective d’investir dans l’avenir que méritent des millions de filles à travers l’Afrique de l’Ouest et du Centre.
« Chaque déclaration publique, chaque changement de politique et chaque dollar investi nous rapprochent d’un monde où le corps des filles est respecté et où leur avenir est protégé », conclut le Dr Hounton. L’heure est à l’action – le prix de l’inaction étant tout simplement trop élevé à payer.
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