
En prélude au sommet international « One Health » prévu le 7 avril 2026 à Lyon, en France, Galien Afrique et le Réseau africain des médias pour la promotion de la santé et de l’environnement (REMAPSEN) ont organisé un webinaire interactif le vendredi 3 avril. Objectif : faire entendre la voix du continent, partager ses avancées et alerter sur ses besoins.

Pendant près de deux heures, experts, décideurs et acteurs de terrain ont croisé leurs analyses autour d’un constat partagé : l’Afrique est en première ligne des crises sanitaires et climatiques, mais elle dispose aussi de solutions concrètes pour faire avancer l’approche « Une seule santé » (One Health).
Ouvrant les travaux, Mme Caroline Comiti, conseillère régionale santé à l’ambassade de France au Sénégal, a rappelé que le sommet de Lyon s’inscrit dans la présidence française du G7 et dans la dynamique du « One Planet Summit ». « L’enjeu est de réunir chefs d’État, ministres, scientifiques, société civile, collectivités territoriales et banques de développement pour passer du concept à l’action concrète sur le terrain », a-t-elle souligné.
Parmi les priorités affichées : la lutte contre les réservoirs d’épizooties, la résistance aux antimicrobiens (RAM), les systèmes alimentaires durables et la réduction des pollutions. Une déclaration finale engageante est attendue.
M. Benoît Miribel, président de la Fondation One Sustainable Health, a salué l’implication africaine. « Le One Health est déjà plus une réalité en Afrique que sur notre continent européen », a-t-il affirmé, citant l’exemple du Sénégal qui dispose d’un comité interministériel dédié. Il a également annoncé une « Fabrique OSH » le 8 avril à Lyon, avec 70 projets transdisciplinaires, dont une session consacrée au rôle des médias.
Le Sénégal, modèle de gouvernance intégrée
L’exemple sénégalais a été largement mis en avant. Dr Adjaratou Diakhou Ndiaye, secrétaire permanente du Haut Conseil national de la sécurité sanitaire One Health, a détaillé le dispositif mis en place dès 2017, sous l’autorité directe du Premier ministre. « Notre force, c’est un leadership élevé, une approche multisectorielle qui associe santé humaine, animale, environnement, société civile, secteur privé, universités et même les forces de défense », a-t-elle expliqué.
Elle a cité des acquis notables : une ligne budgétaire dédiée, une territorialisation avec des comités régionaux, et des projets de co-construction avec les communautés. Restent des défis : renforcer l’environnement juridique, améliorer les systèmes d’alerte précoce et mieux financer la recherche.
Pr Ibrahima Seck, de l’Université Cheikh Anta Diop, a confirmé que le Sénégal est « un pays pionnier en Afrique de l’Ouest », même si des contraintes opérationnelles et financières persistent.
Données et anticipation : le rôle du spatial
Dr Naledzani Mudau (Agence spatiale sud-africaine, AfriGEO) a montré comment les données géospatiales permettent d’identifier les populations vulnérables, de cartographier les îlots de chaleur ou la qualité de l’air. « *La COVID-19 nous a obligés à savoir où vivent les gens, y compris dans les habitats informels* », a-t-elle rappelé.
M. Gerry Gimaiyo (Fondation Rockefeller) a plaidé pour l’intégration des données climatiques et sanitaires, aujourd’hui cloisonnées. « Ce que nous ne mesurons pas, nous ne le finançons pas. Ce que nous ne finançons pas, nous ne pouvons pas le résoudre », a-t-il martelé, appelant à des systèmes d’alerte précoce pour anticiper les vagues de chaleur et autres risques.
Souveraineté sanitaire : produire localement
Sur le thème de l’innovation, Pr Francine Toumi (Galien Afrique) a lancé un appel : « L’Afrique ne doit pas être un éternel consommateur d’innovations venues d’ailleurs. Elle doit être un espace de création. »
Pr Issakha Diallo a renchéri : la pandémie de COVID-19 a révélé une « dépendance inacceptable » aux importations. Il prône une « innovation frugale » – solutions simples, peu coûteuses, réparables localement – et la valorisation de la médecine traditionnelle via la co-construction. Il voit dans la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) un levier pour harmoniser les normes et développer une industrie pharmaceutique régionale.
« Rien pour nous sans nous » : l’inclusion communautaire
Enfin, Pr Salome Bukachi (Université de Nairobi) a illustré l’importance de l’inclusion sociale par une histoire frappante : lors d’une épidémie de fièvre de la Vallée du Rift au Kenya (2006), le gouvernement a interdit la consommation de lait et de viande sans proposer d’alternative, alors que ces produits étaient l’unique moyen de subsistance des communautés. Les mesures ont été ignorées. « Rien pour nous sans nous », a-t-elle conclu, appelant à co-construire les interventions avec les populations locales, les jeunes et les femmes.
Un rendez-vous à Lyon
La modératrice, Dr Magda Robalo, a résumé l’ambition du webinaire : « Nous ne serons pas des participants passifs à Lyon. Nous voulons partager ce qui se fait en Afrique, nos priorités, nos forces et nos faiblesses. » La clôture a été assurée par Line-Renée Anaba (REMAPSEN), qui a salué la richesse des échanges et invité les participants à rejoindre le réseau.
Megan Valère SOSSOU
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