Projet AQSAEP : une charte des bonnes pratiques pour guider l’Agroécologie au Bénin
Dans le cadre de la mise en œuvre du projet Assurance Qualité et Maîtrise Financière des Systèmes d’Agroécologie Paysanne de la fourche à la fourchette (AQSAEP), les Jardins de l’Espoir a organisé un atelier de présentation d’étude diagnostique et validation de la charte AQSAEP à Ouidah.
Financé par le Global Greengrants Fund (GGF) sur recommandation du Agroecology Fund (AEF), ce projet vise à garantir aux consommateurs, ainsi qu’aux producteurs, une production et une consommation saine et durable.
L’atelier a réuni plusieurs acteurs de l’agroécologie, notamment des agricultrices des communes du département de l’Atlantique. Selon Noël Obognon, Directeur Exécutif de Les Jardins de l’Espoir, l’accès au marché et la qualité des produits restent des défis majeurs pour les producteurs agroécologiques. C’est pourquoi a-t-il confié, des études diagnostiques ont été réalisées pour cartographier les acteurs agro écologique et identifier les pratiques existantes.
Dans la continuité de ces travaux, l’atelier a également permis de présenter la charte des pratiques agroécologiques, élaborée pour guider les agriculteurs vers des méthodes durables. « Dans le cadre de ce projet Assurance Qualité et Maîtrise Financière des Systèmes d’Agroécologie Paysanne, nous avons formé 100 femmes en majorité des filles mères vulnérables mais nous pensons que ce n’est pas suffisant. Nous avons constaté que les femmes sont déterminées à respecter les itinéraires techniques agro écologiques. » a-t-il expliqué.
Un référentiel technico-économique pour structurer le secteur
L’un des résultats majeurs du projet est l’élaboration d’une étude référentielle technico-économique pour la mise en valeur agroécologique d’une parcelle sur une année. Ce document, présenté lors de l’atelier, détaille les mesures techniques et économiques nécessaires à l’exploitation réussie d’une ferme agroécologique. La contribution de ce référentiel est unique et novatrice en ce sens qu’il permettra aux agriculteurs de s’inspirer de son contenu pour développer et valoriser leurs cultures affirme Moukaila Bagui Bouraima, consultant de l’étude et ingénieur agronome spécialisé en agroécologie et protection des cultures.
Un avis partagé par Pierre Bédié, Président de la Fédération Agroécologique du Bénin (FAEB). Ce projet est intéressant, car il documente les réalités du terrain. Il révèle les défis et les perspectives de l’agroécologie au Bénin. Pour consolider ces acquis, il est impératif selon Pierre Bédié de continuer à accompagner les acteurs et le soutien du gouvernement au mouvement agro écologique.
De son côté, Charles Nfotta, de l’ONG Culture Éducation et Recherche pour le Développement au Bénin, estime que la charte des pratiques agroécologiques élaborée dans le cadre de ce projet constitue une avancée importante. Elle permettra de réguler le secteur et de mieux identifier les véritables praticiens de l’agroécologie a-t-il justifié.
« Il y a un bon travail qui a été fait par Les Jardins de L’Espoir, les résultats présentés démontrent qu’un travail formidable a été fait. Les contributions des uns et des autres permettront de les améliorer » a déclaré Germain Dossou, expert en agroécologie et Coordonnateur de l’Association Nationale des Femmes Agricultrices du Bénin. C’est pourquoi à l’en croire, l’initiative peut être étendu à d’autres communes du Bénin et même au-delà. Il invite chaque acteur à mettre en application tout ce qui a été mis au point comme mesure agro écologique, à contribuer à la sécurité alimentaire du Bénin.
La reconnaissance des efforts fournis par les producteurs passe aussi par la certification des produits agroécologiques, un enjeu capital selon Bertrand Yehouenou, Président de AMARRE Bénin et membre du Cadre National de Concertation de l’Agroécologie pour la Convergence Globale. « C’est un projet qui vient régler le problème lié à l’identification des acteurs de l’agro écologie et leurs pratiques. Dans un contexte lié au changement climatique, les agriculteurs doivent revenir aux pratiques anciennes qui ne sont rien d’autres que les pratiques agro écologiques. Ces pratiques sont résilientes aux changements climatiques et la certification des produits issus de ces pratiques va permettre d’assurer leur compétitivité sur le marché. »
Les agricultrices en première ligne du changement
Les bénéficiaires du projet en témoignent également. Gisèle Gnanssounougué, agricultrice bénéficiaire à Tori, se réjouit. « Depuis que Les Jardins de l’Espoir nous accompagne, nos pratiques s’améliorent. Ils nous ont fourni du matériel et des équipements. Notre principal défi reste l’accès à l’eau, mais nous comptons pérenniser les connaissances acquises au sein de nos coopératives. » Même constat pour Kantchemè Claudine, bénéficiaire à Ouidah : « Nous cultivons désormais des légumes sans intrants chimiques. Nos produits sont sains et contribuent à préserver la santé des consommateurs tout en augmentant nos revenus. Tout ceci grâce au projet de Les Jardins de l’Espoir. »
Comme Gisèle et Claudine, Houeze Pauline venue de So Ava est mieux aguerrie sur les bonnes pratiques agro écologiques. Elle témoigne. « Mes cultures se développent naturellement. J’ai constaté une croissance de la productivité au niveau de mes cultures. Désormais, nos consommateurs sont fidèles à nos produits et savent que les produits agroécologiques ne sont pas nuisibles. »
Face à ces résultats encourageants, Hubert Dognon Tchoukpéni, ancien Directeur départemental de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche, salue l’initiative de Les Jardins de l’Espoir tout en appelant l’État à soutenir davantage la production et l’accessibilité des engrais biologiques.
Une visite de terrain pour mesurer les avancées du projet
L’atelier s’est achevé par une visite de terrain menée par une équipe d’experts agronomes dans les fermes témoins du projet. Ce parcours, qui a débuté à Ouidah avant de passer par Tori, Allada et So-Ava pour s’achever à Godomey Togoudo, a permis d’évaluer concrètement l’impact du projet sur les exploitations agricoles. Du compost fabriqué sur place avec les bouses de vaches et les digestions des caprins et plusieurs autres techniques agro écologiques ont été touchées du doigt par les visiteurs émus du grand travail effectué.
Cette visite qui constitue la dernière étape des activités du projet AQSAEP, ouvre également la voie à une meilleure structuration du secteur agroécologique au Bénin. Grâce aux efforts de Les Jardins de l’Espoir et de ses partenaires, une dynamique durable se met en place pour favoriser une agriculture respectueuse de l’environnement et économiquement viable, notamment pour les femmes productrices.
Rappelons que plusieurs ateliers avaient été organisés en prélude à la validation de cette charte qui permettra de guider les pas des populations en particuliers des agriculteurs et agricultrices dans l’agroécologie au Bénin.
Mahugnon Josué TCHAGNONSI