Réunis les 2 et 3 août 2026 à Cotonou, en marge du Forum social mondial(Fsm) 2026, des jeunes leaders, organisations paysannes, chercheurs et acteurs communautaires venus de plusieurs pays africains ont adopté la Déclaration de Cotonou. Face à l’urbanisation accélérée et à l’accaparement des terres, ils appellent à une gouvernance foncière plus juste afin de préserver la souveraineté alimentaire du continent.

La protection des terres agricoles s’est imposée comme l’une des principales préoccupations des participants au 2ᵉ Forum des Jeunes Africains sur le Foncier, organisé à Cotonou autour du thème : « Urbanisation galopante et souveraineté alimentaire : quand les villes avalent les terres nourricières de l’Afrique ». Pendant deux jours à l’hôtel Paradisia de Cotonou, représentants d’organisations de jeunesse, organisations paysannes, chercheurs, universitaires et acteurs de la société civile venus de plusieurs pays du continent ont confronté leurs expériences avant d’adopter la Déclaration de Cotonou.
Cette rencontre, accueillie par l’Organisation Non Gouvernementale d’Appui au Militantisme et à l’Autonomisation d’un Monde Rural Responsable et Engagé (AMARRE-Bénin), s’inscrit dans la continuité de la Déclaration d’Abidjan de 2025. Les participants y constatent que l’expansion des villes réduit progressivement les espaces agricoles, accentue les conflits fonciers et fragilise la sécurité alimentaire de nombreux pays africains. Les échanges ont mis en lumière des réalités communes. Au Bénin, les participants ont évoqué l’urbanisation rapide d’Abomey-Calavi, les cas d’accaparement de terres recensés dans le sud du pays et les difficultés persistantes d’accès des femmes au foncier. Des situations similaires ont également été rapportées au Burundi, au Niger, en Côte d’Ivoire et dans d’autres pays représentés.

Pour Diallo Oumou, directrice exécutive des Jeunes Volontaires pour l’Environnement (JVE-Mali), la jeunesse doit désormais être au cœur des décisions foncières. « Les jeunes doivent être à l’avant-garde de ces thématiques. Ils doivent venir aux tables de négociation avec les réalités qu’ils vivent afin de proposer des solutions pour aujourd’hui et pour les générations futures », a-t-elle déclaré. Elle estime que la Déclaration de Cotonou constitue désormais une feuille de route commune, puis ajouté :« nous souffrons des mêmes maux. Les plaidoyers ne seront plus seulement nationaux, mais également portés à l’échelle régionale africaine ».
Des communautés confrontées à l’insécurité foncière
Les représentants des communautés rurales ont, eux aussi, partagé leurs préoccupations. Président de l’Association des Villages Déplacés (AVD) en Côte d’Ivoire, Saint-Clair Djou a dénoncé les effets de l’urbanisation sur les populations rurales. « Là où l’on construit une maison, on ne peut plus cultiver. Cela appauvrit progressivement les communautés et crée des crises sociales », a-t-il expliqué. Selon lui, la sécurisation foncière demeure inaccessible pour de nombreux producteurs. « Les procédures sont longues et coûteuses. Pour beaucoup de paysans, obtenir un titre foncier représente une dépense impossible à supporter », a-t-il regretté. Pour finir, il a plaidé pour une réduction, voire une gratuité, des coûts de sécurisation des terres communautaires.
Au Bénin, Nicolas Allomasso, président de l’Association des maraichers et producteurs écologique pour l’humanité a rappelé le combat de son organisation. Soulignant qu’elle a été créée après le déplacement de plusieurs familles de pêcheurs à Ouidah, il a laissé entendre :« plus de 55 % des personnes concernées n’ont toujours pas été indemnisées ».Nicolas Allomasso a lancé un appel aux autorités afin qu’elles poursuivent les indemnisations et l’accompagnement des communautés dans leurs activités économiques.

Une feuille de route panafricaine jusqu’en 2029
Au terme des travaux, les participants ont adopté une série de recommandations invitant les gouvernements africains à protéger les terres agricoles, sécuriser les droits fonciers des communautés, renforcer l’accès des jeunes et des femmes au foncier et promouvoir une urbanisation compatible avec la souveraineté alimentaire. Ils ont également décidé d’élaborer une feuille de route panafricaine 2026-2029, destinée à coordonner les actions de plaidoyer, les initiatives de recherche, les campagnes de sensibilisation et le suivi des engagements contenus dans la Déclaration de Cotonou.
Clôturant les travaux, Jerry Tchiakpè, cofondateur d’AMARRE-Bénin, a appelé les participants à poursuivre les actions au-delà du forum. « Les débats ne doivent pas s’arrêter ici. Il faut documenter les expériences, assurer le suivi des engagements et renforcer cette dynamique d’une édition à l’autre », a-t-il insisté.
Le rideau est ainsi tombé sur cette deuxième édition du Forum des Jeunes Africains sur le Foncier, avec l’adoption de la Déclaration de Cotonou et d’une feuille de route panafricaine pour la période 2026-2029. Les participants ont rappelé que préserver les terres nourricières constitue l’un des principaux leviers pour assurer la souveraineté alimentaire du continent et protéger les générations futures de l’Afrique.
Laura LEKE
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