
Cotonou a accueilli le vendredi 26 juin 2026, le Forum national sur la justice climatique, organisé par Amnesty International Bénin. L’événement a réuni des représentants d’institutions publiques, de collectivités territoriales, d’organisations de la société civile, du secteur privé, des médias et des partenaires techniques autour des enjeux liés aux changements climatiques et à la promotion d’une justice climatique inclusive.

Dans son allocution d’ouverture, le Directeur Exécutif d’Amnesty International Bénin, Dieu-Donné DAGBETO, a fermement insisté sur les liens indissociables entre les changements climatiques et les droits humains. Il a averti que « l’inaction ou l’insuffisance d’actions de nos gouvernements face à la crise climatique, en dépit des preuves scientifiques, pourrait constituer la plus grande violation intergénérationnelle des droits humains de toute l’histoire ». Il a ainsi appelé à considérer le changement climatique comme une question d’injustice, au même titre que les autres atteintes aux droits fondamentaux.
Il n’a pas manqué de présenter les actions déjà engagées dans le cadre du projet Justice climatique, notamment la promotion de formations sur les changements climatiques et les droits humains à travers la plateforme Amnesty Académie, l’organisation de la Journée de l’Arbre dans cinq communes, et le renforcement des capacités des élèves des clubs scolaires ainsi que des militants de l’organisation.
Des populations rurales en première ligne
Le premier panel, modéré par le journaliste environnemental Fulbert ADJIMEHOSSOU, a dressé un état des lieux des vulnérabilités. Intitulé « Ancrer la culture de la justice climatique au Bénin : états des lieux, enjeux actuels et défis pour les populations », il a réuni le Maire de Grand-Popo, Carlos AYIKPE, un représentant de l’Agence Béninoise pour la Protection Civile (ABPC) et un spécialiste des risques climatiques.

Les échanges ont permis de cartographier les populations les plus exposées. Les producteurs agricoles apparaissent comme les premières victimes, suivis des communautés frappées par les inondations, vents violents, fortes chaleurs et autres phénomènes extrêmes. Ces aléas entraînent une baisse des rendements agricoles, perturbent les calendriers culturaux et réduisent les réserves d’eau dans les barrages, avec un impact direct sur les revenus et la stabilité des ménages.
Face à ces défis, plusieurs recommandations ont émergé. Le renforcement des mesures d’adaptation et d’atténuation, la création d’Aires Marines Protégées, le développement de mécanismes nationaux d’assurance agricole, et l’importance de solutions territorialisées répondant aux réalités locales. Les panélistes ont également insisté sur la nécessité de renforcer la participation communautaire pour mieux comprendre les vulnérabilités locales et de permettre à l’ABPC d’exercer pleinement son rôle.
Mobiliser toutes les forces vives
Le second panel, modéré par le Dr William TCHOKI, journaliste à la Télévision nationale, a exploré la thématique « Construire une réponse collective : quels engagements des collectivités pour renforcer la justice climatique au Bénin ? ». Les intervenants la Responsable juridique RSE Harlyne HOUNON, le spécialiste Maximin DJONDO, le Premier Adjoint au Maire de Sèmè-Kpodji Roger GANKPIN, et le Président de l’UPMB Hervé HESSOU ont convergé sur un point : la lutte contre les changements climatiques exige une approche concertée et inclusive.

Les discussions ont montré que la justice climatique ne se limite pas aux seuls enjeux environnementaux ; elle englobe les droits humains et la répartition équitable des responsabilités face aux conséquences des dérèglements. Parmi les pistes d’action concrètes évoquées figurent la sensibilisation des populations, le renforcement des capacités des acteurs, le développement d’infrastructures communautaires résilientes, la réalisation de forages, les actions de reboisement et la construction d’infrastructures énergétiques durables.
La représentante du Conseil National du Patronat du Bénin a présenté les initiatives du secteur privé en matière de Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE), plaidant pour une intégration accrue des enjeux climatiques et de protection de l’environnement dans les politiques des entreprises.
Le rôle clé des médias et de la société civile
Les professionnels des médias ont été reconnus comme des acteurs essentiels dans la diffusion d’informations fiables sur les enjeux climatiques. Les organisations de la société civile ont pour leur part partagé leurs initiatives communautaires, notamment les actions de reboisement dans les zones de mangroves visant à préserver les écosystèmes fragiles, protéger la biodiversité et renforcer la résilience des populations riveraines.
Les participants ont ensuite été répartis en groupes de travail pour élaborer des recommandations visant à améliorer la mise en œuvre des politiques environnementales. Les résultats de ces réflexions ont été restitués et discutés en séance plénière.
Ce forum s’inscrit dans la continuité du lancement officiel du projet sur la justice climatique, intervenu le 21 avril 2026. Depuis, plusieurs activités ont été menées séances de renforcement de capacités à Cotonou, Bohicon et Parakou, promotion des cours sur climat et droits humains sur Amnesty Academy et d’autres sont en cours de déploiement.
Anna Tchagnonsi
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