
Face à la déforestation galopante et aux effets de plus en plus visibles du changement climatique, l’arbre apparaît comme une solution naturelle, mais encore sous-exploitée. À l’occasion de la 42e édition de la Journée de l’arbre, nous avons rencontré Djalal A., Directeur Pays de CIFOR-ICRAF Bénin. Il nous explique comment la science et l’agroforesterie peuvent inverser la tendance.

« L’arbre est un être à produire, conserver et suivre », martèle Djalal A., Directeur Pays de CIFOR-ICRAF au Bénin. L’organisation qu’il dirige, née en 2019 de la fusion du Centre International de Foresterie et du Centre International de Recherche en Agroforesterie, mise sur l’innovation scientifique pour réconcilier environnement et populations. Sa mission : « utiliser la science et l’innovation agricole pour améliorer la gestion de l’environnement, la forêt, surtout les arbres dans le sol, en vue d’une meilleure condition de vie et de la promotion de la résilience de la population contre les effets du changement climatique ».
Mais concrètement, que peut l’arbre face à l’avancée du désert et aux caprices de la météo ? Éléments de réponse.
Le constat dressé par CIFOR-ICRAF est sans appel. Interrogé sur la désertification au Bénin, Djalal A. donne des chiffres préoccupants : « *Les données de Global Forest Watch indiquent qu’en 2020, les couverts forestiers au Bénin étaient de l’ordre de près de trente-deux millions d’hectares. Ce couvert a été réduit en 2025 à près de trente-et-un mille hectares* ». Une perte sèche de près d’un million d’hectares en cinq ans, due principalement à « l’extension des espaces agricoles » et à la migration des populations « vers des zones qui sont relativement plus couvertes ».
Si rien n’est fait, prévient le directeur, « à la longue on risque de sentir encore sérieusement les effets du changement climatique ». L’urgence est donc de reverdir les « hot spots », ces zones les plus touchées par la dégradation.
L’arbre, un climatiseur naturel et un bouclier anti-sécheresse
Pour CIFOR-ICRAF, l’arbre ne se limite pas à un décor. En milieu urbain, il joue un rôle social et sanitaire vital. Djalal A. explique : « Les feuilles ont la possibilité de capter le CO2 et de libérer de l’oxygène. Dans les villes, les endroits les plus reverdis sont ceux qui accueillent le plus de gens quand la température est extrême. L’arbre constitue un refuge pour la population ».
En zone rurale, ses bienfaits sont tout aussi cruciaux. « Lorsque les feuilles tombent sur le sol, cela permet une meilleure fertilisation, en substitution aux engrais chimiques. L’arbre améliore la texture du sol, son aération, et donc la productivité », détaille-t-il. Quant à la pluie, les zones arborées bénéficient d’une pluviométrie « relativement plus stable ».
CIFOR-ICRAF ne se contente pas de planter des arbres. L’organisation déploie six axes d’intervention complémentaires au Bénin à savoir des solutions naturelles pour l’adaptation au climat ; la conservation et restauration de la biodiversité ; l’amélioration de la sécurité alimentaire via les produits forestiers (baobab, moringa…) ; a promotion d’entreprises durables et de partenariats public-privé et l’équité et la gouvernance autour des ressources en terres et des crédits carbone et la restauration de la santé des sols, un chantier majeur au Bénin avec cartographie satellitaire et physique pour guider les décisions locales.
Journée de l’arbre 2026 : sensibiliser les jeunes apprenants
Cette année, pour la 42e édition, CIFOR-ICRAF met l’accent sur la jeunesse. « Nous travaillons en collaboration avec l’inspection forestière de l’Atlantique et du Littoral pour sensibiliser les jeunes apprenants à l’importance de l’arbre », souligne Djalal A. Objectif : faire connaître « les technologies que nous avons développées, les espaces les plus adaptés, et comment l’arbre peut contribuer à la nutrition, l’ombrage et la séquestration du carbone ».
Des résultats concrets déjà visibles
Depuis 2017, CIFOR-ICRAF a formé des groupements d’agriculteurs aux techniques agroforestières climato-intelligentes. Et les résultats sont tangibles. « Les producteurs qui ont adopté ces technologies génèrent des revenus doubles comparé à ceux qui ne les ont pas adoptées », se félicite le Directeur Pays. Les bénéfices s’observent aussi bien sur les céréales que sur les produits d’arbres associés.
En guise de plaidoyer, Djalal A. lance un appel solennel à ses compatriotes : « Aujourd’hui, nous ne pouvons fuir notre environnement. Tu peux fuir ta maison pour aller ailleurs, mais tu ne peux pas fuir la nature. Les actions que nous menons pour promouvoir l’arbre sont des actions qui peuvent nous coûter la vie si nous ne les faisons pas ».
Il conclut en rappelant la dimension spirituelle et écologique de l’arbre : « Qu’il s’agisse du christianisme, de l’islam, du bouddhisme ou des religions traditionnelles, l’arbre est une source de conservation de la tradition et de foi. Plantez un arbre : il attirera les abeilles, les oiseaux, et permettra de conserver les espèces en voie de disparition ».
Pour CIFOR-ICRAF, planter un arbre aujourd’hui, c’est investir dans la survie du Bénin de demain.
Propos recueillis par Daré-Montan Dossoumou et traités par Megan Valère SOSSOU
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