
Inondations dévastatrices, récoltes perdues, attaques djihadistes meurtrières : le Bénin et l’Afrique de l’Ouest affrontent une double crise, climatique et sécuritaire, qui fragilise des millions de vies. Face à cette tempête qui s’abat sur les plus vulnérables, la CEDEAO se dresse en rempart, déployant une stratégie régionale et une aide humanitaire d’urgence pour tenter d’enrayer un cycle infernal où la sécheresse nourrit le recrutement des groupes armés.
Selon l’Organisation Météorologique Mondiale, le continent africain s’est réchauffé à un rythme de +0,3 °C par décennie entre 1991 et 2023, soit un rythme légèrement plus rapide que la moyenne à l’échelle du globe. Derrière ce réchauffement apparemment minime, ce sont des maisons qui s’écroulent au Mali, des Nigériens qui se noient dans les eaux, et des agriculteurs béninois qui perdent leurs récoltes. Au Mali, le village de Syn, situé à environ 15 km de Djenné dans la région de Mopti, a été complètement submergé suite à la montée des eaux du fleuve Bani, le 23 septembre 2022, selon le Gouvernement de la Région de Mopti. Environ 550 maisons ont été détruites et près de 3000 personnes ont été touchées. Au Niger, au moins 52 personnes ont trouvé la mort par noyade suite aux fortes pluies enregistrées du 12 au 13 août 2024 dans la région nigérienne de Tahoua, selon l’Agence Nigérienne de Presse.

Populations victimes d’inondation au Bénin
En 2022, les agriculteurs béninois ont également payé un lourd tribut : plus de 18 700 hectares de cultures endommagées par les inondations, selon l’Agence Nationale de Protection Civile.
Quand le terrorisme renforce les vulnérabilités
En 2019, le Bénin a vu la menace terroriste à sa porte. Le 1er mai 2019, alors qu’il accompagnait deux touristes français en safari dans le parc national de la Pendjari, Fiacre Gbédji a été sauvagement tué par des djihadistes, qui se sont ensuite enfuis avec les deux touristes français. Dès lors, les attaques se sont multipliées, semant la panique et la destruction. L’attaque la plus meurtrière est celle survenue le 17 avril 2025 dans le nord du pays, où 54 soldats béninois ont trouvé la mort lors d’une double attaque perpétrée contre deux postes avancés situés dans le parc national du W, selon les sources officielles. La menace terroriste s’ajoute ainsi au défi climatique, exacerbant la vulnérabilité des populations, en particulier celles vivant dans les zones à risque. Ce constat sonne comme une alerte dans les propos de Godfrey Amaechi Alozie, Chargé de Programme, Logistique et Planification d’urgence de la Commission de la CEDEAO. « En Afrique de l’ouest, le terrorisme et les catastrophes naturelles constituent des menaces cumulées, alimentant un cycle de radicalisation, de déplacement de population et d’effondrement économique qui accroit la vulnérabilité des communautés », souligne-t-il.

Des sinistrés et déplacés au Bénin ; Crédit photo: UNHCR
Selon le rapport publié par l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés en février 2026, 7,7 millions de personnes sont déplacées en Afrique de l’Ouest, dont 31 368 réfugiés et demandeurs d’asile béninois et 25 294 déplacés internes. Selon Godfrey Amaechi Alozie, les sécheresses et les inondations détruisent les moyens de subsistance des communautés et les groupes armés en profitent pour recruter des jeunes parmi la population.
Le Bénin face à une double crise : la CEDEAO, un bouclier
La crise climatique s’accompagne, dans tous les pays de la sous-région ouest africaine, de crise alimentaire et nutritionnelle. Pour Aminatou Sar, Coordonnatrice résidente du système des Nations Unies au Bénin, le changement climatique redessine les trajectoires de développement, mettant sous pression les ressources naturelles et énergétiques, les systèmes alimentaires, les infrastructures, les unités de production et de transformations, les services sociaux et les économies. En 2023-2024, les inondations dans l’espace CEDEAO ont touché 15 États membres et plus de 9,28 millions de personnes, selon le Rapport 2023 de la CEDEAO sur le tableau de bord des interventions humanitaires en réponse aux inondations et axées sur l’alimentation et la nutrition.
Au Bénin, 9% de la population ont été touchés, soit près de 2 millions de personnes. En réponse à la crise alimentaire et nutritionnelle qui en a résulté, la CEDEAO s’est positionnée comme un soutien majeur. La réponse aux inondations au Bénin a permis de venir en aide à 129 199 personnes, soit 73% de l’objectif fixé, grâce au décaissement de 646 463 dollars américains, selon le Rapport. L’opération a contribué au rétablissement des moyens de subsistance, à l’amélioration de l’accès aux produits de première nécessité et à l’allégement du fardeau des ménages vulnérables dans les zones touchées par les inondations.
Une Stratégie régionale pour fédérer l’action climatique
La lutte contre le changement climatique nécessite un engagement collectif et des actions coordonnées pour être efficace et durable. Cet impératif trouve tout son sens dans la Stratégie Régionale pour le Climat de la CEDEAO, élaborée en 2022. Selon Christophe Deguenon, Directeur de l’Environnement et des Ressources en Eau de la Commission de la CEDEAO, il s’agit d’un cadre fédérateur de l’action climatique au niveau de la région. Moussa Leko, Directeur de l’Environnement et des Ressources Naturelles de la Commission de la CEDEAO, renchérit : « La Stratégie régionale pour le climat de la CEDEAO est une étape importante dans le redéploiement de l’engagement de l’ensemble de l’espace Afrique de l’ouest pour la lutte contre le changement climatique dans notre région ».

Stratégie Régionale Climat de la CEDEAO
Au Bénin, la transition climatique est placée au rang des priorités. George ALE, ministre béninois du Cadre de Vie, l’a clairement martelé : « Le Gouvernement du Bénin a érigé la transition climatique au rang des priorités. Son action est double : elle cible d’abord l’atténuation, avec une baisse visée de 30% de nos émissions à l’horizon 2035 grâce à 31 mesures phares. Elle consacre ensuite l’adaptation comme absolue à travers 244 projets ».
Au Bénin comme dans l’ensemble de l’espace ouest-africain, le changement climatique et le terrorisme ne constituent plus deux crises distinctes : ils s’entremêlent pour former une seule et même menace, qui fragilise les moyens de subsistance, déplace les populations et alimente un cycle de vulnérabilité dont les communautés rurales sont les premières victimes.
Face à cette menace, la réponse ne peut être uniquement nationale. La CEDEAO s’est progressivement imposée comme un rempart collectif : qu’il s’agisse de l’assistance humanitaire déployée après les inondations de 2023-2024, qui a permis d’atteindre 73 % de l’objectif fixé au Bénin, ou de la Stratégie régionale pour le climat, qui fédère l’action des États membres. Cette synergie d’action, couplée aux engagements du gouvernement béninois — réduction de 30 % des émissions à l’horizon 2035 et 244 projets d’adaptation —, témoigne d’une prise de conscience réelle.
Toutefois, comme le rappelle Godfrey Amaechi Alozie, « les ressources financières ne sont pas suffisantes face à l’ampleur des besoins ». Le renforcement de la résilience des populations vulnérables ne pourra donc se poursuivre sans un soutien accru des partenaires internationaux et sans une coordination plus étroite entre action climatique, réponse humanitaire et prévention de la radicalisation. La CEDEAO est aujourd’hui un rempart ; reste à savoir si elle en aura les moyens durables.
Venance Ayébo TOSSOUKPE
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