Un modèle qui montre le chemin au Bénin, encore timide dans le secteur.
L’information n’a pas fait beaucoup de bruit dans les rédactions ouest-africaines. Pourtant, elle mérite qu’on s’y attarde. Le 8 juillet 2026, deux sociétés étrangères l’australienne DeSoto Resources et la canadienne Fortuna Mining ont annoncé l’acquisition de plusieurs projets aurifères en Guinée. Sept permis, 591 kilomètres carrés, plus de 600 000 dollars. Un signal fort envoyé au monde minier. La Guinée, déjà connue pour sa bauxite, confirme sa montée en puissance dans l’or. Et pendant ce temps, au Bénin, qu’est-ce qu’on fait ?

Ce qui impressionne dans l’approche DeSoto-Fortuna, c’est la manière dont l’opération est montée. Ce n’est pas un simple achat. Les paiements se font par étapes, en fonction des résultats. D’abord l’enregistrement des permis, ensuite l’obtention des autorisations d’exploration, puis le travail sur le terrain. Une façon de limiter les risques, surtout dans des pays où la conversion des titres miniers peut être compliquée.
Une méthode bien rodée
La coentreprise est bien équilibrée. Fortuna détient 70 % et s’engage à financer seule l’exploration, jusqu’à 12,5 millions de dollars ou pendant trois ans. DeSoto apporte sa connaissance du terrain, ses équipes techniques et son expérience.
Bref, une alliance intelligente entre une grande société minière (Fortuna produit déjà de l’or en Côte d’Ivoire et au Sénégal) et une plus petite, mais qui connaît bien la Guinée.
Ce n’est pas un hasard si toutes ces opérations se concentrent dans le bassin de Siguiri, dans le nord-est de la Guinée. Cette région fait partie de la ceinture birimienne, une zone géologique très riche en or. Les investissements y sont intenses. Une autre compagnie, Sanu Gold, y a récemment foré près de 18 000 mètres, confirmant un gisement prometteur. La mine de Kiniéro, exploitée par Predictive Discovery, a commencé à produire en décembre 2025, avec près de 139 000 onces par an.
Les sociétés utilisent désormais des outils modernes : imagerie par satellite, intelligence artificielle, cartographie avancée. Pour les investisseurs, cette région est l’un des derniers endroits au monde où l’on peut encore faire de grandes découvertes d’or à ciel ouvert. Pourquoi ? Parce que l’or y est souvent proche de la surface, dans des zones où l’altération du sol l’a concentré.
Et le Bénin dans tout ça ?
Le Bénin a du potentiel. Des indices de matières premières minières sont retrouvés dans plusieurs départements. Mais force est de constater que nous avons du mal à mettre en place une vraie politique d’exploration. Le code minier béninois, révisé en 2023, a fait quelques progrès, mais il reste peu attractif pour les investisseurs étrangers. Les procédures sont lourdes, la délivrance des permis est incertaine, et les données géologiques publiques sont rares. La preuve, une société minière étrangère de renom qui a su passer les procédures continue d’espérer la délivrance des permis depuis bientôt deux ans.
La Guinée mise sur des partenariats entre l’État et le privé pour sécuriser les investissements. Le Bénin, lui, semble encore hésiter : il veut attirer les capitaux, mais ne bouge pas assez les lignes. Par conséquent, les grandes compagnies préfèrent aller voir ailleurs. Et les opérateurs locaux n’ont pas les moyens de mener des programmes d’exploration à grande échelle.
Pourtant, l’exemple guinéen devrait inspirer le Bénin. En s’appuyant sur une coentreprise qui combine expertise locale et moyens financiers internationaux, DeSoto et Fortuna montrent la voie. Chez nous, le potentiel existe, mais il restera inexploité sans une vision claire, sans données fiables et sans un cadre qui rassure les investisseurs.
Le moment est venu de choisir
Les annonces se multiplient en Afrique de l’Ouest. Fortuna renforce sa présence régionale. Sanu Gold continue ses forages. Les Australiens et les Canadiens ne sont pas seuls : des Chinois et des Britanniques arpentent aussi le sous-sol ouest-africain. Mais lesquelles s’arrêtent au Bénin ?
A présent le Bénin doit faire un choix entre rester spectateur de cette ruée organisée ou s’y inviter. Cela demande de la volonté politique, mais aussi une capacité technique à faire connaître son sous-sol. Il faut des cartes, des études, des données, et une administration qui traite les dossiers rapidement avec efficacité. Les investisseurs sérieux ne demandent pas de cadeaux, mais de la prévisibilité.
En Guinée, le pari est en train de payer. Au Bénin de faire en sorte que le prochain grand projet minier annoncé en Afrique de l’Ouest soit, peut-être, béninois.
Megan Valère SOSSOU
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