
Il est midi. A cette heure de la journée, pendant que certains riverains se reposent, Pascal, lui, est toujours à l’œuvre dans son champ. Arrosoir en main, il veille attentivement sur ses planches de laitue fraîchement plantées. Sous un soleil presque écrasant, chaque geste compte pour maintenir les cultures en vie. Comme lui, plusieurs producteurs travaillent sans relâche pour assurer la sécurité alimentaire dans un contexte où les conditions climatiques deviennent de plus en plus imprévisibles.

Depuis quelques années, les maraîchers font face à des bouleversements qui compliquent fortement leur activité. Les saisons ne suivent plus le rythme habituel, les pluies deviennent irrégulières et les périodes de sécheresse semblent s’allonger. Ces changements affectent directement la production agricole, obligeant les producteurs à adapter leurs pratiques pour continuer à nourrir les marchés locaux et assurer leurs moyens de subsistance.
C’est pourquoi, Fenou une coopérative maraîchère a choisi de s’unir pour mieux résister aux effets du changement climatique. Située à Bohicon dans l’arrondissement de Avogbanna, cette coopérative regroupe plusieurs jeunes producteurs qui cultivent principalement de la laitue, mais aussi d’autres légumes destinés à la consommation locale. Sur le site, les parcelles bien alignées témoignent d’un travail collectif et d’une volonté commune : maintenir une production agricole durable malgré les difficultés croissantes.
Le choix de l’agriculture biologique
Sur les planches de culture soigneusement entretenues, la laitue occupe une place importante dans la production et constitue une source essentielle de revenus pour les maraîchers vu la demande importante sur le marché local. Mais au-delà de la production, les membres de la coopérative ont fait un choix de privilégier l’agriculture biologique.
Ce choix n’est pas le fruit du hasard. Il résulte d’une réflexion menée par les producteurs sur la qualité des aliments qu’ils produisent et consomment eux-mêmes. Pour eux, produire sainement est devenu une priorité, tant pour leur santé que pour celle des consommateurs.
Joël Atacla est un producteur membre de la coopérative et président de l’Union Communale des Coopératives Villageoises des Maraîchers de Bohicon. A le croire, cette démarche s’appuie d’abord sur une prise de conscience liée à l’alimentation et à la santé. « Tout dépend de ce que nous consommons. C’est de là que nous sommes partis pour opter pour la production biologique », explique-t-il.

Mais le choix du biologique s’inscrit également dans une stratégie d’adaptation face aux effets du changement climatique. Les producteurs observent depuis plusieurs années des perturbations importantes dans les cycles agricoles, ce qui rend la planification des cultures de plus en plus difficile. « Le monde est confronté à un changement climatique. La pluie ne vient plus à temps. La saison sèche est souvent plus longue que prévu. Et même pendant la saison des pluies, il arrive qu’on ait des périodes de sécheresse », précise Joël Atacla.
Pour limiter les risques liés à ces aléas climatiques, les maraîchers ont progressivement développé des solutions d’irrigation afin de ne plus dépendre uniquement de la pluie pour leurs cultures. « C’est pour ne pas dépendre uniquement de la pluie que nous avons opté pour l’irrigation », ajoute-t-il.
Préserver la fertilité des sols
La préservation de la fertilité des sols est l’un des principes fondamentaux des producteurs de la coopérative. Conscients que la productivité de leurs terres conditionne directement leurs revenus, les maraîchers ont choisi de privilégier des méthodes naturelles pour maintenir la qualité de leurs sols. Ils n’adhèrent pas à l’usage des engrais chimiques, estimant que ces produits peuvent dégrader la structure du sol à long terme et nuire à l’environnement.
Sur le site de production, les maraîchers fabriquent désormais leurs propres fertilisants à partir de matières organiques disponibles localement tels que : les déchets de plantes, les résidus agricoles et les fientes d’animaux.

Didier Dako, producteur et responsable de la commercialisation sur le site, explique que cette approche permet à la fois de préserver la fertilité des sols et de garantir la qualité des légumes produits. « Nous travaillons pour garder notre sol fertile naturellement. Nous avons constaté que les engrais chimiques abîment la terre », affirme-t-il.
Malgré ces efforts pour améliorer les pratiques agricoles, les producteurs restent confrontés à un défi majeur : l’accès à l’eau. Les besoins en irrigation deviennent de plus en plus importants, surtout pendant les longues périodes de sécheresse. « Aujourd’hui, l’eau ne nous suffit plus », reconnaît-il.
Pour Pascal Kessi, le renforcement des systèmes d’irrigation est essentiel afin de soutenir la production sur les superficies encore cultivables. Il appelle ainsi les partenaires et les bonnes volontés à accompagner les efforts des producteurs.
Une production importante malgré les contraintes
Malgré les nombreux défis liés au climat, à l’eau et au financement, les maraîchers de la coopérative parviennent à maintenir une production relativement stable. La laitue demeure le produit phare du site, très prisé par les commerçants et les consommateurs des marchés environnants. En termes de rendement, les maraîchers estiment produire entre deux (02) et trois (03) tonnes de légumes tous les deux mois. Une performance qui reflète leur capacité d’adaptation et leur détermination à poursuivre leurs activités malgré les conditions climatiques de plus en plus difficiles.
L’expérience de la coopérative Fenou d’Avogbanna illustre les efforts déployés par de nombreux producteurs locaux pour s’adapter aux effets du changement climatique. En adoptant des pratiques agricoles biologiques, en développant des engrais naturels et en s’organisant collectivement, ces maraîchers cherchent à construire un modèle agricole plus durable.
Face aux perturbations climatiques qui fragilisent de plus en plus les activités agricoles, l’initiative de ces jeunes maraîchers de Bohicon apparaît comme un exemple concret de résilience locale et d’engagement en faveur d’une production agricole respectueuse de l’environnement.
Marie-Pia AVODAHO
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