
Au Bénin, une femme a encore moins de chances qu’un homme d’être soignée à temps. Non pas parce qu’elle est plus fragile, mais parce que des siècles de normes sociales en ont décidé autrement. Mercredi 24 juin à Akogbato, des journalistes ont planché sur ce constat glaçant et sur leur propre responsabilité à inverser la tendance.
Animée par la juriste et experte en genre et développement, Ella Wama Mara, la session a porté sur le rôle des médias dans la réduction des inégalités de genre en matière de santé.

À l’ouverture, le coordonnateur national du Remapsen Bénin, Michaël Tchokpodo, a rappelé que ces rendez-vous offrent aux professionnels de l’information un cadre d’échanges avec des spécialistes de différents domaines, afin de renforcer leurs connaissances et de favoriser une meilleure couverture médiatique des enjeux sanitaires. Il a également salué les performances de la coordination béninoise au sein du réseau africain avant de souhaiter la bienvenue à l’invitée du jour.
Prenant la parole, Ella Wama Mara a expliqué que les inégalités en matière de santé prennent souvent racine au sein des familles, des communautés et des institutions, et sont alimentées par les normes sociales, bien avant l’accès aux services de soins. À travers plusieurs exemples tirés de ses expériences de terrain, elle a montré comment certaines pratiques sociales peuvent retarder ou empêcher l’accès aux soins, notamment pour les femmes et les adolescentes. L’experte a également rappelé que le genre renvoie aux rôles et aux attentes socialement attribués aux femmes et aux hommes. Selon elle, ces représentations influencent l’accès à l’information sanitaire, la capacité à prendre des décisions concernant sa propre santé, le recours aux services médicaux ainsi que la qualité de la prise en charge. Elles contribuent également à entretenir des phénomènes tels que les mariages précoces, les violences basées sur le genre et les grossesses en milieu adolescent, ou encore la stigmatisation de certaines maladies.
Abordant la responsabilité des médias, la conférencière a souligné que le traitement de l’information peut contribuer à renforcer ou à déconstruire les stéréotypes. Elle a notamment appelé les professionnels de l’information à éviter les approches culpabilisantes dans le traitement des questions liées à la santé sexuelle et reproductive, à diversifier leurs sources en accordant davantage de place aux femmes expertes et à promouvoir une information inclusive et fondée sur les faits. Selon Ella Wama Mara, les productions médiatiques peuvent influencer les comportements individuels et collectifs. Elles constituent ainsi un levier important pour améliorer les connaissances des populations, lutter contre les discriminations et favoriser un accès plus équitable aux services de santé.

L’intervention s’est achevée par une séance de questions-réponses, au cours de laquelle les participants ont échangé avec la conférencière sur les défis liés au traitement médiatique des questions de genre et de santé, ainsi que sur les bonnes pratiques à adopter dans leurs productions.
Rappelons que cette rencontre s’inscrit dans les activités périodiques du réseau visant à améliorer le traitement des questions de santé publique dans les médias.
Laura LEKE
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