
La Mutuelle des Jeunes Chrétiens pour le Développement (MJCD), en partenariat avec le Fonds français Muskoka et ONU-Femmes, a effectué ce vendredi 07 août 2026 une visite de terrain dans la commune de Bohicon dans le cadre du « Projet intégré pour l’autonomisation des femmes, la transformation des normes sociales contre les VBG et la promotion des droits humains ». Cette mission avait pour objectif d’apprécier les changements constatés chez les bénéficiaires, de recueillir leurs témoignages et de poursuivre le plaidoyer pour l’équité de genre, l’autonomisation féminine et la prévention des violences faites aux filles et aux femmes.

La délégation, conduite par Mme Djenaba Ndao, Chargée de projets Genre et Santé Sexuelle et Reproductive au Bureau régional Afrique de l’Ouest et du Centre d’ONU Femmes, et composée des responsables de la MJCD et des partenaires techniques, a sillonné plusieurs sites d’intervention du projet dans la commune. Au total, ce sont plus de 1 000 bénéficiaires directs et 5 700 bénéficiaires indirects qui ont été touchés par ce projet qui intervient dans les dix arrondissements de Bohicon, précisément dans 51 villages.
Des témoignages de résilience et de renaissance
À travers les différentes rencontres, la délégation a pu entendre des récits poignants de femmes et de filles dont la vie a été transformée par le projet. Au Centre de Formation Féminine de Bohicon, qui accueille 54 filles victimes de VBG âgées de 4 à 17 ans, Esther, présente depuis 2023 suite à un viol, a livré un témoignage chargé d’émotion. « Dès mon arrivée au centre, il m’a été interdit de recevoir des visites et de sortir. Aujourd’hui, Dieu merci, tout se passe bien. J’ai commencé une formation en couture, puis j’ai ajouté la coiffure le week-end. Je peux désormais exercer deux activités. J’exhorte mes sœurs à prendre soin de ce qu’on nous apprend ici, car le travail est notre premier mari », a-t-elle confié, son regard reflétant une détermination nouvelle.
Dame Percide, orpheline de père, a échappé à un mariage forcé à l’âge de 15 ans. « J’ai dû fuir parce que je ne me voyais pas dans cette situation. Ma mère a expliqué mon cas lors d’un rassemblement, et les organisateurs se sont penchés sur ma situation. J’ai participé à des regroupements qui m’ont permis de connaître les droits de la femme. On m’a demandé ce que je voulais faire, j’ai choisi la coiffure. Grâce à la MJCD, à ONU-Femmes et à Muskoka, ma formation est prise en charge. Aujourd’hui, tout se passe bien », a-t-elle témoigné, exprimant sa profonde gratitude envers les partenaires du projet.


Au palais royal Dako-Donou à Houawe-Djotin, une autre bénéficiaire a partagé son parcours de réinsertion. « Ce que je suis aujourd’hui, c’est grâce à ONU-Femmes, au MJCD et à Muskoka. Ils ont contribué à ma rééducation. Je les remercie énormément. Grâce à l’aide que j’ai reçue auprès de vous, je pourrai également aider et conseiller d’autres personnes dans ma situation, afin qu’elles puissent trouver des solutions comme j’en ai trouvé », a-t-elle déclaré, avant de solliciter un appui complémentaire pour l’acquisition de tables, d’une machine à surfil et d’un fer à repasser pour développer son activité.
Une approche intégrée pour une prise en charge holistique
Augustin Babagbeto, Chargé de programme à la MJCD, a détaillé les mécanismes d’intervention du projet. « Ce projet s’inscrit dans une dynamique de changement des normes sociales et d’accès aux services de santé pour les adolescents et les jeunes. Nous travaillons avec des adolescents et des jeunes dans les centres de formation professionnelle, avec les mères d’enfants recrutées dans un mécanisme de pérennisation, et avec les éducateurs communautaires. Nous avons décidé de ne pas nous limiter à l’identification et à la formation. Chaque cas de VBG identifié est référé vers des structures communautaires de prise en charge. Sur le plan économique, nous identifions des activités génératrices de revenus porteuses et nous les analysons avec les bénéficiaires avant de les appuyer financièrement grâce au soutien d’ONU-Femmes et du Fonds Muskoka. Nous avons également établi des partenariats avec des structures de formation pour accompagner chaque enfant dans le centre le plus proche de son lieu de résidence », a-t-il expliqué, soulignant le caractère collégial et multidimensionnel de l’intervention.
Des défis persistants à relever
Malgré les résultats encourageants, les responsables du centre et les bénéficiaires ont attiré l’attention sur des besoins urgents. Lydie Auriole Ahodekon, facilitatrice à la MJCD, a évoqué le manque de machines en couture et de fils pour le tissage, ce qui limite les séances pratiques et crée une pression sur les apprenantes qui doivent utiliser le matériel à tour de rôle. Elle a également mentionné les difficultés liées à la prise en charge alimentaire, scolaire et sanitaire, notamment pour les filles présentant des cas d’asthme ou de drépanocytose, qui nécessitent des dépenses fréquentes entre la pharmacie et l’hôpital.


Bernadette, jeune bénéficiaire en formation de couture, a renchéri : « Je vais bientôt passer l’examen. Parfois, nous manquons de quelques outils de couture, notamment des tissus, des épingles et autres. Cela devient une charge pour la sœur religieuse qui est notre responsable. » Joëlle Degan, assistante sociale, a également plaidé pour un renforcement de la prise en charge sanitaire et scolaire des filles en âge de scolarité.
Le Maire de Bohicon salue les acquis et promet un accompagnement renforcé
Le Maire de Bohicon, Ferdinand Bokossa Yao, a salué avec ferveur les résultats du projet et réaffirmé l’engagement de la mairie à accompagner les initiatives en faveur des femmes. « D’après vos propos, j’ai compris que mes objectifs sont déjà pris en compte, en partie, dans vos projets. Je tiens à vous remercier pour tout ce que vous faites pour l’émancipation de nos femmes, de nos sœurs et de nos filles. Je remercie également tous vos partenaires et je vous rassure de la disponibilité de la mairie de Bohicon à vous accompagner. Les femmes représentent 52 % de la population de Bohicon. Nous ne pouvons donc pas parler de développement si nous ne prenons pas en compte la gent féminine », a-t-il déclaré. Il a annoncé que dans les prochaines semaines, la commune sera dotée d’une Maison de la Femme, un lieu d’écoute, d’échange et d’éducation pour les femmes, les filles déscolarisées et celles en difficulté. Il a également insisté sur l’importance de l’alphabétisation des femmes pour faciliter leur accès au numérique et à la digitalisation de leurs activités.


Un message d’espoir et d’encouragement du partenaire ONU-Femmes
Dr Djenaba Ndao, Chargée de projets Genre et Santé Sexuelle et Reproductive au Bureau régional Afrique de l’Ouest et du Centre d’ONU Femmes, a salué l’engagement du MJCD et la résilience des bénéficiaires. « Nous félicitons vraiment l’ONG MJCD qui travaille avec vous. Ce que nous avons entendu là me donne du baume au cœur. Ce n’est pas parce qu’on est victime de violence que la vie est terminée. Quand on est victime de violence, on doit pouvoir bénéficier de tout l’appui nécessaire pour pouvoir se relever. Et je vois que, si vous êtes éduquées, vous recevez une éducation et vous apprenez également un métier. Quand une femme est éduquée, quand une femme a un métier et quand elle peut travailler pour elle-même, elle gagne en autonomie et construit son avenir. Et quand l’avenir de la femme est radieux, c’est bénéfique pour la famille, pour elle-même, pour toute la communauté et pour la société », a-t-elle déclaré, avant d’encourager les filles à rester dans ce cadre protecteur et à poursuivre leur formation. Elle a réitéré l’engagement d’ONU-Femmes à continuer d’appuyer le centre aux côtés du MJCD et du Fonds Muskoka.
Megan Valère SOSSOU
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