Honte, peur du jugement, manque d’information et recours à des solutions hors du système de santé. Ce sont les réalités vécues par de nombreux jeunes de Bohicon en matière de santé sexuelle et reproductive, qui ont été révélées le jeudi 06 août 2026 à l’occasion d’une audition publique organisée par Health Access Initiative (HAI) et Ipas Afrique Francophone à Bohicon. Pendant plusieurs heures, jeunes, agents de santé et leaders communautaires ont dialogué sans tabou sur les grossesses non désirées, l’accès à l’avortement légal et la stigmatisation.
L’audition, tenue à l’Hôtel Miracle de Bohicon, a réuni 35 participants, dont 20 femmes, venus des différents arrondissements de la commune. L’objectif : écouter les jeunes, comprendre leurs difficultés et recueillir leurs propositions pour améliorer l’offre de services.

« Notre présence ici n’est pas un hasard. Nous avons décidé de donner la parole à ceux qui, trop souvent, sont écoutés mais rarement entendus », a déclaré en ouverture M. ESSE Ange-Marie Nicodème, Directeur Exécutif de Health Access Initiative, qui a facilité les échanges.
Les discussions ont rapidement fait émerger un constat partagé : les jeunes fuient les centres de santé, moins par négligence que par crainte d’un accueil glacial, de la violation de leur intimité et du regard réprobateur de la société. « On préfère se taire plutôt que d’être humilié », a résumé un participant lors des travaux en groupe.
Pour éclairer les débats, Mme ZODEHOUNGAN Chimène, sage-femme représentant le médecin-chef du Centre de Santé de Bohicon 2, a dressé un état des lieux des obstacles rencontrés par les jeunes.
« Ces facteurs ne s’additionnent pas, ils se multiplient. Ils poussent les jeunes à chercher des solutions en dehors du système formel, avec tous les risques que cela comporte », a expliqué la sage-femme.
Des groupes de travail pour des solutions concrètes
Après cette mise en contexte, les participants ont été répartis en quatre groupes pour approfondir les thématiques suivantes : prévention et information ; prise de décision face à une grossesse non désirée ; cadre légal et qualité des soins ; normes sociales et dialogue communautaire.
Deux participantes ont accepté de témoigner à l’issue de la journée. Béhanzin Percite, jeune femme déterminée, a confié : « Je remercie HAI et Ipas pour cette initiative. Cette séance m’a permis d’acquérir des clés concrètes pour aborder ma sexualité avec davantage de confiance et de responsabilité. Désormais, je me sens prête à devenir une référence fiable pour les jeunes de ma communauté. »
Ayifanou Opulencia, militante au sein d’un mouvement de jeunesse, a souligné la portée intergénérationnelle de la rencontre : « Nous avons pu dialoguer ouvertement avec nos aînés, briser les tabous et exprimer nos ressentis sans crainte. Nous leur avons transmis les préoccupations et recommandations des jeunes, ouvrant ainsi la voie à une meilleure compréhension mutuelle. »
Pour les organisateurs, cette audition n’est qu’un début. « Les jeunes ont parlé. À nous, acteurs institutionnels, de faire en sorte que leurs recommandations ne restent pas dans les tiroirs », a insisté M. ESSE Ange-Marie Nicodème.
L’événement a confirmé la pertinence d’une approche participative, où les jeunes ne sont plus de simples bénéficiaires mais des acteurs à part entière des politiques de santé. Les prochaines étapes devraient inclure un suivi des recommandations et des échanges réguliers avec les autorités sanitaires locales.
À Bohicon, le silence a été brisé. Reste à transformer cette dynamique en changements durables pour la santé et l’avenir des jeunes de la commune.
Constance AGOSSA
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