
(Acteurs de la santé et professionnels des médias en réflexion face aux mutations du numérique)
Réunis ce mardi 5 mai 2026 à Godomey, à l’occasion du deuxième rendez-vous du Réseau des Médias Africains pour la Promotion de la Santé et de l’Environnement (REMAPSEN Bénin), des professionnels des médias et de la santé ont échangé sur les enjeux du numérique dans les cliniques privées. Invité principal, le Dr Josias Sohinto a plaidé pour une digitalisation structurée, susceptible d’améliorer la qualité des soins et l’efficacité du système sanitaire.

À l’heure où la télémédecine et l’intelligence artificielle redéfinissent les pratiques médicales à travers le monde, le Bénin amorce, non sans défis, sa transition vers la santé numérique. C’est dans ce contexte que le Réseau des Médias Africains pour la Promotion de la Santé et de l’Environnement a organisé, à la Clinique « Les Mélodies » de Godomey, une rencontre sur le thème : « Le numérique et l’innovation au service des cliniques privées ».
D’emblée, le conférencier, Dr Josias Sohinto, président de l’association des cliniques privées du Bénin, a inscrit la réflexion dans une dynamique globale. Il a ainsi évoqué les avancées observées dans certains pays où l’intelligence artificielle intervient déjà dans le renouvellement d’ordonnances ou l’assistance aux patients à distance. Une évolution qui, selon lui, traduit une transformation irréversible du secteur. Au Bénin, cependant, la réalité reste contrastée. Si le taux de pénétration du téléphone mobile dépasse les 80% et que l’accès à Internet s’améliore progressivement, la majorité des cliniques privées continue, selon le Président, de fonctionner avec des systèmes d’archivage et de gestion essentiellement manuels. Cette situation, indique-t-il, engendre des difficultés récurrentes, comme les pertes de dossiers, la lenteur dans la prise en charge, les risques d’erreurs médicales et l’insuffisance de données fiables pour la planification sanitaire.


Dans ce contexte, la digitalisation apparaît comme une réponse stratégique, selon Dr Sohinto. « La digitalisation permet d’améliorer la qualité des soins, de réduire les erreurs médicales et d’optimiser la gestion des cliniques », a-t-il soutenu. Il a notamment illustré ses propos par l’usage de logiciels capables d’assister les prescriptions médicales, de signaler les allergies ou encore de centraliser les données patients pour faciliter le suivi et la coordination des soins. Au-delà de l’aspect médical, les cliniques peuvent désormais, d’après les explications du Directeur de la clinique « Les mélodies », s’appuyer sur des tableaux de bord pour analyser leurs performances, suivre leur rentabilité et mieux organiser leurs ressources humaines et financières. Toutefois, malgré ces perspectives, plusieurs obstacles freinent encore la transition numérique.
Le coût élevé des équipements et des logiciels a été ainsi indexé, notamment pour les structures de taille moyenne, ainsi que le déficit de formation du personnel, la résistance au changement et l’absence d’une véritable interopérabilité entre les différentes solutions existantes. En outre, le Président de l’association des cliniques privées a insisté sur le renforcement impératif de la sécurisation des données personnelles face aux risques de cyberattaques.
Au-delà des aspects techniques et réglementaires, l’intervenant a insisté sur l’importance d’une approche collective. En effet, il a plaidé pour « la mutualisation des solutions numériques afin de réduire les coûts, ainsi que pour un renforcement du partenariat public-privé ». L’objectif, selon lui, est d’éviter un système de santé à deux vitesses et de garantir une cohérence dans les pratiques.
La réflexion s’est également élargie à la question de l’inclusion ; car, compte tenu des réalités actuelles, les personnes en situation de handicap, notamment les personnes en situation de handicap auditif ou visuel, restent encore insuffisamment prises en compte dans les dispositifs actuels. Des pistes ont été alors évoquées, telles que le recours à des outils de traduction en langue des signes ou à des applications vocales adaptées aux langues locales. Mieux, la Semaine Nationale des Cliniques Privées du Bénin prévue du 11 au 16 mai 2026 à Cotonou, permettra de réfléchir à d’autres solutions adaptées.
Laura LEKE
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