
Vêtues de blanc parsemé de taches rouges, des dizaines de personnes ont investi la place publique de Bohicon ce samedi 2 mai 2026. Sous le rythme d’une musique marquante, elles ont brisé l’omerta sur les menstrues et donné le coup d’envoi officiel, au Bénin, de la campagne régionale « Sang Sans Silence ».

Elles sont sorties du silence par la grande porte. Ou plutôt par la place publique. Ce samedi, au carrefour Zakpo à Bohicon, des femmes, des hommes et des personnes menstruées, toutes vêtues de blanc avec des tâches rouges symboliques, ont transformé l’espace public en une scène militante. Objectif : rappeler une évidence trop souvent tue – les menstrues existent, elles sont naturelles, et le silence qui les entoure est une violence.
Cette action, à la fois artistique et revendicative, marque le lancement officiel au Bénin de la campagne régionale « Sang Sans Silence », portée par un consortium regroupant la Fondation des Jeunes Amazones pour le Développement au Bénin (FJAD), Malaff Guinée et Goutte rouge (Côte d’Ivoire), avec l’appui technique et financier d’Equipop et de ses partenaires.
Dans la foulée du flash mob, une conférence de presse s’est tenue en présence des autorités locales, sanitaires et sociales, toutes unies pour un même combat : faire de la dignité menstruelle un droit fondamental.

« Un héritage de silence, de pleurs et de tabou »
Bénédicta Aloakinnou, présidente de la FJAD a ouvert son discours par une phrase lourde de sens, qu’elle a qualifiée d’« héritage » : celui d’un silence qui apprend à cacher, à avoir honte, à ne pas parler des règles. « Ce silence a des conséquences : il éloigne des filles de l’école, il fragilise la santé, il limite les droits et la liberté de vivre pleinement », a-t-elle martelé.



Avant de lancer un appel à l’union : « Que vous soyez dans n’importe quel domaine, unissons-nous. Unissons nos mains, bâtissons ensemble la dignité menstruelle. »
La cérémonie s’est déroulée sous les auspices de la mairie de Bohicon, saluée pour son soutien logistique, et de la zone sanitaire de ZoBoZa, dont le représentant a été chaleureusement remercié pour son implication.
La santé menstruelle, « composante essentielle » de la santé publique
Prenant la parole au nom de la Direction Départementale des Affaires Sociales du Zou (DDSAM), son représentant a rappelé que la santé menstruelle ne se limite pas au bien-être physique : « Elle concerne également la santé mentale, la dignité et l’inclusion sociale. »

Face à ce constat, il a salué l’initiative du consortium. « Malheureusement, les menstrues restent encore entourées de nombreux tabous, avec des conséquences concrètes : manque d’information fiable, difficultés d’accès aux protections et aux infrastructures sanitaires adéquates. »
Il a d’ailleurs énuméré plusieurs actions déjà menées par la DDSAM cette année : installation de comités de soutien dans des collèges du département, distribution de serviettes hygiéniques réutilisables, tenue d’une foire sur l’hygiène menstruelle à la préfecture d’Abomey.
Avant de prononcer la formule attendue : « Je déclare officiellement lancée la campagne régionale de communication “Sang Sans Silence” au Bénin. »
Des actions concrètes pour toucher 30 000 personnes
Si le flash mob du 2 mai restera comme une image forte, la campagne ne s’arrête pas là. Dans les semaines à venir, la FJAD déploie une série d’actions sur le terrain et sur les réseaux :
- Trois vidéos « castings/règlements » diffusées sur les plateformes numériques ;
- Des capsules vidéo dans les espaces publics de Bohicon et à travers le pays ;
- Des affiches éducatives dans une cinquantaine d’établissements scolaires, pour toucher environ 30 000 élèves ;
- Une plaquette pédagogique retraçant le parcours de vie d’une personne menstruée.
L’ensemble des contenus sera rassemblé sous le hashtag #SangSansSilence, afin de créer une dynamique régionale. La campagne est en effet menée simultanément au Bénin, en Guinée et en Côte d’Ivoire, par le même consortium.
« Investir dans la santé menstruelle, c’est investir dans le développement »
Le représentant de la DDSAM a conclu son propos par une formule qui résume l’ambition de la campagne : « Investir dans la santé menstruelle, c’est investir dans la santé publique, dans l’éducation, dans la ressource humaine, dans le capital humain et dans le développement de notre pays, le Bénin. »
Marie-Pia Avodaho
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